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CHAPITRE IX

ce moyen âge? De vastes solitudes à peine ébruitées par de rares troupeaux ; un voyageur égaré, l’habitant naïf, une croix sur le chemin, une madone, le saint de l'endroit, élémentairement sculpté, mais exprimant bien son idée ! 11 y avait là de rares villages. Parfois un château crénelé les dominait; puis l'église, dont la cloche murmurait aux vents et aux cœurs l’,4nÿeh«, en terminant les travaux des champs.

Les couvents renfermaient presque toute la vie morale. C’est de leur sein que devaient sortir, à diverses époques, les Odon, les Dunstan. les Boniface, les Clémengis, Pierre Damien, Arnauld de Brescia, Luther et antres réformateurs des mœurs et de la morale, à qui nous sommes grandement redevables du maintien de l'esprit chrétien. Ces couvents étaient en grand nombre ; on y trouvait l'hospitalité, parfois même un refuge. Les moines y préparaient leurs instructions et partaient de là, aux approches des grandes fêtes, pour porter aux populations des environs quelques paroles de l’Évangile. Ils les récréaient par le récit de légendes plus ou moins appropriées aux sentiments religieux. Le merveilleux y dominait. Combien de douleurs se calmaient au récit de ces pieux solitaires, en ces temps où l'humanité n’était que douleur et misère, où les hommes manquaient de tout, sans pouvoir concilier leur infortune avec la justice du Créateur !

C’est de la retraite silencieuse des cloîtres aussi que l'on voit sortir les plus grands travailleurs du christianisme. pour répandre sa divine lumière dans les diverses contrées. Dès le v* siècle, saint Séverin enseigne dans la Norique, tandis que d'autres parcourent lesEspagnes; saint Pallade et saint Patrice évangélisent l'Irlande et

l’Êcosse. Au VI* siècle, saint Augustin se montre en Angleterre et en fait la conquête; saint Kilian prêche en Franconie; saint Amand en Flandre, en Esclavonie et chez les peuples qui habitent les bords du Danube. Dans le VIII* siècle, ElufF de Verden évangélise la Saxe; saint Willbrod et saint Swidbert, la Frise ; saint Boniface, l’Allemagne. Au ix*, saint Anchère de Hambourg porte la lumière évangélique aux Suédois, aux Vandales, aux Esclavons, tandis que Remberl de Brême, les frères Cyrille et Méthodius vont planter le signe sacré de la croix au milieu des peuplades bulgares, moraves, bohémiennes, slaves, et jusqu'aux confins de la Tartarie. Cette époque est celle aussi qu’illustrent les grands conciles de la chrétienté et les écrits des saints Pères. La voix de plusieurs d’entre ceux-ci se faisait entendre dans des chaires où avaient enseigné les Apôtres. 11 y avait, en un mot, dans les premiers siècles du moyen âge, un mouvement religieux général qui prenait particulièrement son point d'appui sur la métropole romaine.

L’Église du Pape possédait d'un autre côté, avec son clergé séculier, toutes les conditions organiques d’un gouvernement politique et religieux, propre â régner de haut sur le monde. Elle était la copie même de l’ancienne constitution romaine; et le Pape, avec ses conciles et son clergé, était en position de gouverner les sociétés et les royaumes, comme les avaient gouvernés autrefois les empereurs avec le sénat et le p.»uple citoyen. L’Eglise, dans une si haute position, allait elle assurer les destinées de la nouvelle société, l'élever à une civilisation aussi grande et plus parfaite que l'antique civilisation qu’elle avait jetée dans la tombe, comme un obstacle à sa liberté d’action? Allait-elle.

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