‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 137 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII

. relie; on peut se plaindre avec autant de justice de l’exagération contraire qui prétend soustraire le pouvoir temporel à toute juridiction spirituelle.

En général, on nuit à l’autorité suprême en cherchant à l’afl'ranchir de ces sortes d’entraves qui sont établies moins par l’action délibérée des hommes que par la force insensible des usages et des opinions ; car les peuples, privés de leurs garanties antiques, se trouvent ainsi portés à en chercher d’autres plus fortes en apparence, mais toujours infiniment dangereuses, parce qu’elles reposent entièrement sur des théories et des raisonnements d priori qui n’ont cessé de tromper les hommes.

Il n’y a rien de moins exact, comme on voit, que cette expression de toute-puissance temporelle , employée pour exprimer la puissance que les Papes s’attribuaient sur les souverains. C’était, au contraire, l’exercice d’un pouvoir purement et éminemment spirituel, en vertu duquel ils se croyaient en droit de frapper d’excommunication des princes coupables de certains crimes , sans aucune usurpation matérielle, sans aucune suspension de la souveraineté, et sans aucune dérogation au dogme de son origine divine.

Il ne reste donc plus de doute sur cette proposition, que le pouvoir que s’attribuaient les Papes ne saurait être nommé , sans un insigne abus de mots , toute-puissance temporelle. C’est encore un point sur lequel on peut entendre Voltaire. Il s’étonne beaucoup de cette étrange puissance qui pouvait tout chez l’étranger et si peu chez elle; qui donnait des royaumes et qui était gênée , suspendue, bravée à Rome , et réduite à faire jouer toutes les machines de la politique pour retenir ou recouvrer un village. Il nous avertit avec raison d’observer que ces Papes, qui voulurent être trop puissants et donner des royaumes, furent tous persécutés chez eux 1 .

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