‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 146 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

gleterre, Édouard Iî et Richard II, et le Pape Jean XXIII, tous quatre jugés et condamnés avec les formalités juridiques, et la régente de Hongrie fut condamnée à mort ' .

Aucune puissance souveraine quelconque ne peut se soustraire à une certaine résistance. Ce pouvoir réprimant pourra changer de nom, d’attributions et de situation ; mais toujours il existera.

Que si cette résistance fait verser du sang, c’est un inconvénient semblable à celui des inondations et des incendies, qui ne prouvent nullement qu’il faille supprimer l’eau ni le feu.

A-t-on observé que le choc des deux puissances qu’on nomme si mal à propos la guerre de l’Empire et du sacerdoce n’a jamais franchi les bornes de l’Italie et de l’Allemagne , du moins quant à ses grands effets , je Veux dire le renversement et le changement des souverainetés? Plusieurs princes, sans doute, furent excommuniés jadis ; mais quels étaient en effet les résultats de ces grands jugements ? Le souverain entendait raison ou avait l’air de l’entendre ; il s’abstenait pour le moment d’uae guerre criminelle; il renvoyait sa maîtresse, pour la forme : quelquefois cependant la femme reprenait ses droits; des puissances amies, des personnages importants et modérés s’interposaient; et le Pape, à son tour, s’il avait été ou trop sévère ou trop hâtif, prêtait l’oreille aux remontrances de la sagesse. Où sont les rois de France, d’Espagne, d’Angleterre, de Suède, de Danemark, déposés efficacement par les Papes? Tout se réduit à des menaces et à des traités ; et il serait aisé de citer des exemples où les Souverains Pontifes furent les dupes de leur facilité. La véritable lutte eut toujours lieu en Italie et en Allemagne. Pourquoi? Parce que les circonstances politiques firent tout, et que la religion

t. Voltaire a fait cette observation, Essai sur les mœurs , etc.. I. Il, ch. lxvi et lxxxv.

n’y entrait pour rien. Toutes les dissensions, tous les maux partaient d’une souveraineté mal constituée et de l’ignorance de tous les principes. Le prince électif jouit toujours en usufruitier. Il ne pense qu’à lui, parce que l’État ne lui appartient que par les jouissances du moment. Presque toujours il est étranger au véritable esprit royal ; et le caractère sacré, peint et non gravé sur son front, résiste peu aux moindres frottements. Frédéric II avait fait décider par ses jurisconsultes, et sous la présidence du fameux Barthole, qu’il avait succédé, lui Frédéric, à tous les droits des empereurs romains, et qu’en cette qualité il était maître de tout le monde connu. Ce n’était pas le compte de l’Italie ; et le Pape, quand on l’aurait considéré seulement comme premier électeur, avait bien quelque droit de se mêler de cette étrange jurisprudence. Il ne s’agit pas, au reste, de savoir si les Papes ont été des hommes, et s’ils ne se sont jamais trompés; mais s’il y a eu, compensation faite, sur le trône qu’ils ont occupé, plus de sagesse, plus de science et plus de vertu que sur tout autre ; or, sur ce point, le doute même n’est pas permis.

Page 1