‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 148 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X

d’ailleurs à toute la science qui existait dans ce tempslà , la force des choses les investit , d’elle-même et sans contradiction, de cette supériorité dont on ne pouvait se passer alors. Le principe très-vrai que lu souveraineté vient de Dieu renforçait d’ailleurs ces idées antiques, et il se forma enfin une opinion à peu près universelle, qui attribuait aux Papes une certaine compétence sur les questions de souveraineté. Cette idée était très-sage, et valait mieux que tous nos sophismes. Les Papes ne se mêlaient nullement de gêner les princes sages dans l’exercice de leurs fonctions, encore moins de troubler l’ordre des successions souveraines, tant que les choses allaient suivant les règles ordinaires et connues; c’est lorsqu’il y avait grand abus, grand crime ou grand doute , que le Souverain Pontife interposait son autorité. Or, comment nous tirons-nous d’affaire en cas semblables, nous qui regardons nos pères en pitié? Par la révolte, les guerres civiles et tous les maux qui en résultent. En vérité, il n’y a pas de quoi se vanter. Si le Pape avait décidé le procès entre Henri IV et les ligueurs, il aurait adjugé le royaume de France à ce grand prince, à la charge par lui d’aller à la messe ; il aurait jugé comme la Providence a jugé; mais les préliminaires eussent été un peu différents.

Et si la France d’aujourd’hui , pliant sous une autorité divine , avait reçu son excellent roi des mains du Souverain Pontife, croit-on qu’elle ne fût pas dans ce moment un peu plus contente d’elle- même et des autres?

Le bon sens des siècles que nous appelons barbares en savait beaucoup plus que notre orgueil ne le croit communément. Il n’est point étonnant que les peuples nouveaux, obéissant pour ainsi dire au seul instinct, aient adopté des idées aussi simples et aussi plausibles ; et il est bien important d’observer comment ces mêmes idées, qui entraînèrent jadis des peuples barbares , ont pu réunir dans ces derniers siècles l’assentiment de

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trois hommes tels que Bellarmin, Hobbes et Leibnitz1 * 3.

« Et peu importe ici que le Pape ait eu cette primauté « de droit divin ou de droit humain, pourvu qu’il soit « constant que, pendant plusieurs siècles, il a exercé « dans l’Occident, avec le consentement et l’applaudis- « sement universel, une puissance assurément très- « étendue. Il y a même plusieurs hommes célèbres « parmi les protestants qui ont cru qu’on pouvait laisser « ce droit au Pape, et qu’il était utile à l’Église si l’on « retranchait quelques abus »

La théorie seule serait donc inébranlable. Mais que peut-on répondre aux faits, qui sont tout dans les questions de politique et de gouvernement?

Personne ne doutait, et les souverains mêmes ne doutaient pas de cette puissance des Papes; et Leibnitz observe avec beaucoup de vérité et de finesse, à son ordinaire, que l’empereur Frédéric, disant au Pape Alexandre III, non pas à vous , mais à Pierre , confessait la puissance des Pontifes sur les rois, et n’en contestait que l’abus ’.

Cette observation peut être généralisée. Les princes, frappés par l’anathème du Pape , n’en contestaient que la justice, de manière qu’ils étaient constamment prêts à s’en servir contre leurs ennemis , ce qu’ils ne pouvaient faire sans confesser manifestement la légitimité du pouvoir.

Voltaire, après avoir raconté à sa manière l’excommunication de Robert de France , remarque que l’empereur Othon III assista lui-même au concile où l’excommunication fut prononcée*. L’empereur confessait donc

1 . « Les arguments de Bellarmin, qui , de la supposition que les Papes ont « la juridiction sur le spirituel , infère qu’ils ont une juridiction au moins « indirecte sur le temporel, u'ont pas paru méprisables à Hobbes même. Rffec- « tivement, il est certain, etc. • (Leibnitz, Op., t. IV, part. 111, p. 401, in-4. “ Pensées de Leibnitz, in-8, 1. 11, p. 400.)

%. Pensées de Leibnitz, iu-8, t. II, p. 401.

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