‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 158 sur 295 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Sur les prétendues guerres produites par le choc des deux puissances.

C’est à l’année 1076 qu’il faut en fixer le commencement. Alors l’empereur Henri IV, cité à Rome pour cause de simonie, envoya des ambassadeurs que le Pape ne voulut point recevoir. L’empereur, irrité, assemble un concile à Worms, où il fait déposer le Pape; celui-ci, à son tour (c’était le fameux Grégoire VII), dépose l’empereur, et déclare ses sujets déliés du serment de fidélité '. Et, malgré la soumission de Henri, Grégoire, qui s’était borné à l’absolution pure et simple, mande aux princes d’Allemagne d’élire un autre empereur, s’ils ne sont pas contents de Henri. Ceux-ci appellent à l’empire Rodolphe de Souabe, et il en naît une guerre entre les deux concurrents. Bientôt Grégoire ordonne aux électeurs de tenir une nouvelle assemblée pour terminer

1. Risolusione che quantunque non prtUicata da alcuno de' moi predecettort, pure fu creduta giusla e necessaria in questa congiuntura ( Muratori , Ann. d'italia , t. VI, in-4, p. 246). Ajoutez ce qui czt dit à la page précédente : Fin qui ave a il Ponlefice Gregorio usate lutte le maniéré più eflicaci , ma intime dotei per impedir la rottura, (ld., ibid. , p. 245.) , .

l)tj PAPE.

leurs différends, et il excommunie tous ceux qui mettraient obstacle à cette assemblée.

Les partisans de Henri déposèrent de nouveau le Pape au concile de Bresse, en 1080 1 *. Mais Rodolphe ayant été défait et tué dans la même année, les hostilités furent terminées.

Si l’on demande par qui avaientété établis les électeurs, Voltaire est là pour répondre que les électeurs s'étalent institués eux-mêmes, et que c'est ainsi que tous les ordres s'établissent, les lois et le temps faisant le reste J ; et il ajoutera avec la même raison que les princes qui avaiént le droit d’élire l’empereur paraissent avoir eu aussi celui de le déposer 3.

Nul doute sur la vérité de cette proposition. 11 ne faut point confondre les électeurs modernes, purs titulaires sans autorité, nommant, pour la forme, un prince héréditaire dans le fait ; il ne faut point, dis-je, les confondre avec les électeurs primitifs, véritables électeurs, dans toute la force du terme, qui avaient incontestablement le droit de demander à leur créature compte de sa conduite politique. Comment peut-on imaginer, d’ailleurs, un prince allemand électif, commandant à l’Italie sans être élu par l’Italie? Pour moi, je ne me figure rien d’aussi monstrueux. Que si la force des circonstances avait naturellement concentré tout ce droit sur la tête du Pape, en sa double qualité de premier prince italien et de chef de l’Église catholique, qu’v avait-il encore de plus convenable que cet état de choses? Le Pape, au reste, dans tout ce qu’on vient de voir, ne troublait point le droit public de l’Empire ; il ordonnait aux électeurs de délibérer et d’élire ; il leur ordonnait de prendre les mesures convenables pour étouffer tous les diC-

I . On entend souvent demander si les Papes avaient droit de déposer les empereurs; mais desavoir .« les empereurs avaient droit de déposer les Papest é'est une petite question dont on ne B’inquiète guère,

î. Voltaire. Essai, etc., t. iV, ch, cicv,

J. ld.,ibid.,t. lit, ch. xtvi.

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