‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 159 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XII

férends. C’est tout ce qu’il devait faire. On a bientôt prononcé les mots faire et défaire les empereurs ; mais rien n’est moins exact, car le prince excommunié était bien le maître de se réconcilier. Que s’il s’obstinait, c’était lui qui se défaisait ; et si, par hasard, le Pape avait agi injustement, il en résultait seulement que, dans ce cas, il s’était servi injustement d’une autorité juste, malheur auquel toute autorité humaine est nécessairement exposée. Dans le cas où les électeurs ne savaient pas s’accorder, et commettaient l’insigne folie de se donner deux empereurs, c’était se donner la guerre dans l’instant même; et, la guerre étant déclarée, que pouvaient encore faire les Papes? La neutralité était impossible, puisque le «acre était réputé indispensable, et qu’il était demandé ou par les deux concurrents, Ou par le nouvel élu. Les Papes devaient donc se déclarer pour le parti où ils croyaient voir la justice. A l’époque dont il s’agit ici, une foule de princes et d’évéques (qui étaient aussi des princes) tant d’Allemagne que d’Italie, se déclarèrent contre Henri, pour se délivi'ei' enfin d'un roi né ■seulement pour le malheur de ses sujets '.

En l’année 1078, le Pape envoya des légats en Allemagne, pour examiner sur les lieux de quel côté se trouvait le bon droit, et, deux ans après, il en envoya d’autres encore pour mettre fin à la guerre, s’il était possible ; mais il n’y eut pas moyen de calmer la tempête, et trois batailles sanglantes marquèrent cette année si malheureuse pour l’Allemagne.

i. Passarono à liberar se stessi da un principe nato solamenle per rendere infeliot t suoi sudditi. (Muratori, Ann., t.VI, p. 248.) Toute l’histoire nous dit ce qu’était Henri comme priuce ; sou fils et sa femme nous ont appris ce qu’il était dans sou intérieur. Qu’on se représente la malheureuse Praxède arrachée de sa prison par les soins de la sage Mathilde, et conduite par le désespoir à confesser, au milieu d’un concile, d’abominables horreurs. Jamais la Providence ne permet au géuie du mal de dechaiuer un de ces animaux féroces sans leur opposer i’inviucible génie de quelque grand homme, et ce graud homme fut Grégoire VII. Les écrivains de notre siècle sont d'un autre avis; ils ne cessent de nous parler du fougueux , de l 'impitoyable Grégoire. Henri, au contraire, jouit de toute leur faveur; c’est toujours le m AAlhevreux, l 'infortuné Henri! u’ont d’entraiUea que pour le crime.

C’est abuser étrangement des termes que d’appeler cela une guerre entre le sacerdoce et l'Empire. C’était un schisme dans l’Empire, une guerre entre deux princes rivaux, dont l’un était favorisé par l’approbation, et quelquefois par la concurrence forcée du Souverain Pontife. Une guerre est toujours censée se faire entre deux parties principales, qui poursuivent exclusivement le même objet. Tout ce qui se trouve emporté par le tourbillon ne répond de rien. Qui jamais s’est avisé de reprocher la guerre de la succession à la Hollande ou au Portugal ?

On connaît les querelles de Frédéric avec le Pape Adrien IV. Après la mort de cet excellent Pontife1 2, arrivée en H59, l’empereur fit nommer un antipape, et le soutint de toutes ses forces avec une obstination qui déchira misérablement l’Église. Il s’était permis de tenir un concile et de mander le Pape à Pavie, sans compliment, pour en faire ce qu’il aurait jugé à propos; et dans sa lettre il l’appelait simplement Rolland, nom de maison du Pontife. Celui-ci se garda bien de se rendre à une invitation également dangereuse et indécente. Sur ce refus , quelques évôques séduits , payés ou effrayés par l’empereur, osèrent reconnaître Octavien (ou Victor) comme Pape légitime, et déposer Alexandre III après l’avoir excommunié. Ce fut alors que le Pape, poussé aux dernières extrémités, excommunia lui-môme l’empereur et déclara ses sujets déliés du serment de fidélité \ Cè schisme dura dix -sept ans, jusqu’à l’absolution

1 . Lascio dopo di se grand Iode di pieta, di prudema e di selo, moite opéré delta sua pia e principeesa liberalita. (Muratori, Ann. d’Ital., t. IV, p. 538, ann. il 59.)

2. Telle est la Tenté. YouIcz-tous savoir ensuite ce qu'on a osé écrire en France? Outrez les Tablettes chronologiques de l’abbé Lcnglet-Dufresnoy, tous j lirez, sur l’année 1 159 : Le Pape (Adrien IV), n'ayant pu porter les Milanais à se révolter contre l’empereur, excommunia ce jnrince. Et l’empereur fut excommunié l'année suivante 1160, & la messe du jeudi saint, par le successeur d’Adrien IV, ce dernier étant mort le 1er septembre 1 159, et l’on a vu pourquoi Frédéric fut excommunié ! Vais voilà ce qu'on raconte, et malheureusement voilà ce qu’on croit.

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