‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 169 sur 295 · LIVRE II, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIII

Innocent, les Célestin, etc., ayant tous été des hommes éminents en doctrine et en vertu , au point d’arracher à leurs ennemis mêmes le témoignage dû à leur caractère moral, il parait .bien juste que si, dans ce long et noble combat qu’ils ont soutenu pour la religion et l’ordre social contre tous les vices couronnés, il se trouve quelques obscurités que l’histoire n’a pas parfaitement éclaircies, on leur fasse au moins l’honneur de présumer que s’ils étaient là pour se défendre, ils seraient en état de nous donner d’excellentes raisons de leur conduite.

Mais dans notre siècle philosophique on a tenu une route tout opposée. Pour lui, les empereurs sont tout, et les Papes rien '. Comment aurait-il pu haïr la religion sans haïr son auguste Chef? Plût à Dieu que les croyants fussent tous aussi persuadés que les infidèles de ce grand axiome : Que l’Église et le Pape c’est tout un 1 ! Ceuxci ne s’y sont jamais trompés, et n’ont cessé, en conséquence, de frapper sur cette base si embarrassante pour eux. Us ont été malheureusement puissamment favorisés en France, c’est-à-dire en F.urope, par les parlements et par les jansénistes, deux partis qui ne différaient guère que de nom ; et k force d’attaques, de sophismes et de calomnies, tous les conjurés étaient parvenus à créer un préjugé fatal qui avait déplacé le Pape dans l’opinion, du moins dans l’opinion d’une foule d’hommes aveugles ou aveuglés, et qui avaient fini par entraîner un assez grand nombre de caractères estimables. Je ne lis pasj sans une véritable frayeur le passage suivant des Lettres sur l‘Histoire ;

« Louis le Débonnaire, détrôné par ses enfants, est « jugé, condamné, absous par une assemblée d’évéques.

4. Je reux dire les empereurs des temps passés, tes empereurs païens, les empereurs persécuteurs, les empereurs ennemis de l'Eglise, qui voulaient la dominer, l'asservir et l'ecraser, etc. Cela s’entend. Quant aux empereurs et rois chrétiens, anciens et modernes, on sait comment la philosophie les protège. Charlemagne même a très-peu l’ honneur de lui plaire,

% , Saint François de Sales, .svp. , p. 59,

« De la ce pouvoir impolitique que les évêques s’arro- « gent sur les souverains; de la ces excommunications « sacrilègés ou séditieuses ; de la ces crimes de lèse- « majesté fulminés à Saint-Pierre de Rome, où le suc- « cesseur de saint Pierre déliait les peuples du serment « de fidélité, où le successeur de celui qui a dit que son « royaume n’est pas de ce monde distribuait les scep- « très et les couronnes, où les ministres d’un Dieu de « paix provoquaient au meurtre des nations entières1.»

Pour trouver, même dans les ouvrages protestants, un morceau écrit avec autant de colère, il faudrait peutêtre remonter jusqu’à Luther. Je supposerai volontiers qu’il a été écrit avec toute la bonne foi possible ; mais si le préjugé parle comme la mauvaise foi, qu’importe au lecteur imprudent ou inattentif qui avale le poison ? Le terme de lèse-majesté est étrange, appliqué à une puissance souveraine qui en choque une autre. Est-ce que le Pape serait par hasard au-dessous d’un autre souverain ? Comme prince temporel, il est l’égal de tous les autres en dignité; mais si l’on ajoute à ce titre celui de Chef suprême du christianisme 7 , il n’a plus d’égal, et l’intérêt de l’Europe, je ne dis rien de trop, exige que tout le monde en soit bien persuadé. Supposons qu’un Pape ait excommunié quelque souverain, sans raison , il se sera rendu coupable à peu près comme Louis XIV le fut lorsque, contre toutes les lois de la justice, de la décence et de la religion , il fit insulter le Pape Innocent XII3 au milieu de Rome. On donnera à la conduite de ce grand prince tous les noms qu’on voudra, excepté celui de lèse-majesté , qui aurait pu convenir seulement au marquis de Lavardin, s’il avait agi sans mandat \

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