LIVRE II, CHAPITRE XIII
Les excommunications sacrilèges ne sont pas moins amusantes, et n’exigent, cerne semble, après tout ce qui a été dit, aucune discussion. Je veux seulement citer à ce terrible ennemi des Papes une autorité que j’estime infiniment, et qu’il ne pourra, j’espère, récuser tout à fait.
« l)ans le temps des croisades, la puissance des Papes « était grande ; leurs anathèmes , leurs interdits étaient « respectés , étaient redoutés. Celui qui aurait été peut - « être par inclination disposé à troubler les États d’un « souverain occupé dans une croisade savait qu’il s’expo- « posait à une excommunication qui pouvait lui faire per- « dre les siens. Cette idée, d’ailleurs , était généralement « répandue et adoptée '. »
On pourrait, comme on voit, et je m’en chargerais volontiers, composer sur ce texte seul un livre trèssensé, intitulé : de V Utilité des sacrilèges. Mais pourquoi donc borner cette utilité au temps des croisades? Une puissance réprimante n’est jamais jugée, si l’on ne fait entrer en considération tout le mal qu’elle empêche. C’est là le triomphe de l’autorité pontificale dans les temps dont nous parlons. Combien de crimes elle a empêchés, et qu’est-ce que ne lui doit pas le monde? Pour une lutte plus ou moins heureuse qui se montre dans l’histoire, combien de pensées fatales, combien de désirs terribles étouffés dans les cœurs des princes 1 Combien de souverains auront dit dans le secret de leur conscience : Non , il ne faut pas s’exposer! L’autorité des Papes fut pendant plusieurs siècles la véritable force constituante en Europe. C’est elle qui a fait la monarchie européenne, merveille d’un ordre surnaturel qu’on
ambassadeur, venant au nom de son maître réclamer au pied de la lettre le droit de protéger le crime. Il eut pour sa cour l'attention délicate de communier publiquement dans sa chapelle, apres avoir été excommunié par le Pape. C’est de ce marquis de Lavardiu que madame de Sévigué a fait le siugulier éloge qu'on peut lire dans sa lettre du 1 6 octobre 1675.