LIVRE II, CHAPITRE XV
La ligne pacifique tracée sur le globe par le Pontife romain étant un méridien et ces sortes de cercles ayant, comme tout le monde sait, la prétention invariable de courir d’un pôle à l’autre sans s’arrêter nulle part, s’ils viennent à rencontrer l’équateur sur leur route, ce qui peut arriver aisément, ils le couperont certainement à angles droits, mais sans le moindre inconvénient ni pour l’Église ni pour l’État. Il ne faut pas croire au reste qu’Àlexandre VI se soit arrêté à l’équateur ou qu’il l’ait pris pour la limite du monde. Ce Pape, qui était bien ce qu’on appelait un mauvais sujet, mais qui avait beaucoup d’esprit et qui avait lu son Sacro Iiosco, n’était pas homme à s’y tromper. J’avoue encore ne pas comprendre pourquoi on l’accuserait justement d’avoir attenté sur l’équateur même , pour s’être jeté comme arbitre entre deux princes dont les possessions étaient ou devaient être coupées par ce grand cercle même.