‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 183 sur 295 · LIVRE III , CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE I

au Pape, pour être consacré aux dépenses des missions, l’argent que cette société dépense en bibles, il aurait fait aujourd’hui plus de chrétiens que ces bibles n’ont de pages.

Les Églises séparées, et la première de toutes surtout, ont fait différents essais dans ce genre; mais tous ces prétendus ouvriers évangéliques, séparés du chef de l’Église, ressemblent à ces animaux que l’art instruit à marcher sur deux pieds et à contrefaire quelques attitudes humaines. Jusqu’à un certain point ils peuvent réussir : on les admire môme à cause de la difficulté vaincue; cependant on s’aperçoit que tout est forcé, et qu’ils ne demandent qu’à retomber sur leurs quatre pieds.

Quand de tels hommes n’auraient contre eux que leurs divisions, il n’en faudrait pas davantage pour les frapper d’impuissance. Anglicans, Luthériens, Moraves , Méthodistes, Baptistes, Puritains, Quakers, etc., c’est à ce peuple que les infidèles ont affaire. Il est écrit: Comment entendront-ils, si on ne leur parle pas? On peut dire avec autant de vérité : Comment les croira-t-on, s’ils ne s’entendent pas ?

Un missionnaire anglais a bien senti l’anathème, et il s’est exprimé sur ce point avec une franchise, une délicatesse, une probité religieuse, qui le montrent digne de la mission qui lui manquait.

« Le missionnaire, dit-il, doit être fort éloigné d’une « étroite bigoterie ‘, et posséder un esprit vraiment ca- « tholique Ce n’est point le calvinisme, ce n’est point n l’arminianisme ; c’est le christianisme qu’il doit en- « seigner. Son but n’est point de propager la hiérarchie

1. Ce mot de bigoterie qui, selon son acception naturelle dans la langue anglaise, donne l’idée du zèle aveugle, du préjugé et de la superstition, s’applique aujourd'hui sous la plume libérale des écrivains anglais à tout homme qui prend la liberté de croire autrement que ces messieurs, et nous avons eu enfin le plaisir d'entendre les réviseurs d'Edimbourg accuser Bossuet de bigoterie. { Edimb . tle v., çctobre 1803, n° 5, p. 215.) Bossuet bigot! l’univers n’en savait rien.

2. Honnête homme ! Il dit ce qu'il peut, et scs paroles sont remarquables.

DU l’APE.

« anglicane, ni les principes des dissidents protestants; « son objet est de servir 1 ’h'giise universelle '. — Je vou- « drais que le missionnaire fût bien persuadé que le « succès de son ministère ne repose nullement sur les .« points de séparation , mais sur ceux qui réunissent « l’assentiment de tous les hommes religieux \ »

Nous voici ramenés à l’éternelle et vaine distinction des dogmes capitaux et non capitaux. Mille fois elle a été réfutée; il serait inutile d’y revenir- Tous les dogmes ont été niés par quelque dissident. De quel droit l’un se préférerait-il à l’autre? Celui qui en nie un seul perd le droit d’en enseigner un seul. Comment, d’ailleurs, pourrait-on croire que la puissance évangélique n’est pas divine, et que par conséquent elle peut se trouver hors de l’Église? La divinité de celle puissance est aussi visible que le soleil. « Il semble, dit Bossuet, que les « Apôtres et leurs premiers disciples avaient travaillé « sous terre pour établir tant d’Églises en si peu de « temps, sans que l’on sache comment 3. »

L’impératrice Catherine II, dans une lettre extrêmement curieuse que j’ai lue à Saint-Pétersbourg4, dit qu’elle avait souvent observé avec admiration l’influence des missions sur la civilisation et l’organisation politique des peuples : « A mesure, dit-elle, que la religion s’a- « vance, on voit les villages paraître comme par enchan- « tement, etc. » C’était l’Église antique qui opérait ces miracles, parce qu’alorselle était légitime : il ne tenait qu’à la souveraineté de comparer cette force et cette fécondité à la nullité absolue de celte même Église détachée de la grande racine.

I. Il répète ici en anglais ce qu'il nient de dire en grec. Catholique, universel qu'importe ! on voit qu'il a besoin de Vunite , qui ne peut se trouver hors de l'universalité-

i. Voyez Letters of Missions addressed to the protestant ministère of tkt British churehes, by Melvil Horne, late chaplain u/ Sierra- Leone in Africa. Bristol 1794.

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