‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 188 sur 295 · Voltaire, Essai sur les mœurs, etc., t. I, ch. tv · texte numérisé non relu

Voltaire, Essai sur les mœurs, etc., t. I, ch. tv

division des chrétiens est un grand mat, et qui retarde au moins le grand œuvre, s’il ne l’arrête pas entièrement. Malheur donc aux sectes qui ont déchiré la robe sans couture /Sans elles l’univers serait chrétien.

Une autre raison qui annule ce faux ministère évangélique, c’est la conduite morale de ses organes. Ils ne s’élèvent jamais au-dessus de la probité, faible et misérable instrument pour tout effort qui exige la sainteté. Le missionnaire qui ne s’est pas refusé par un vœu sacré au plus vif des penchants, demeurera toujours audessous de ses fonctions, et finira par être ridicule ou coupable. On sait le résultat des missions anglaises à Tahiti; chaque apôtre, devenu un libertin , n’a pas fait difficulté de l’avouer, et le scandale a retenti dans toute l’Europe1.

Au milieu des nations barbares, loin de tout supérieur cl de tout appui qu'il pourrait trouver dans l’opinion publique, seul avec son cœur et ses passions, que fera le missionnaire humain'*. Ce que firent ses collègues à Tahiti. Le meilleur de cette classe estfait, après avoir reçu sa mission de l’autorité civile, pour aller habiter une maison commode avec sa femme et ses enfants, et pour prêcher philosophiquement à des sujets, sous le canon de son souverain. Quant aux véritables travaux apostoliques, jamais ils n’oseront y toucher du bout du doigt.

II faut distinguer d’ailleurs entre les infidèles civilisés et les infidèles barbares. On peut dire à ceux-ci tout ce qu’on veut; mais par bonheur l’erreur n’ose pas leur parler. Quant aux autres, il en est tout autrement, et déjà ils en savent assez pour nous discerner. Lorsque lord Macarteney dut partir pour sa célèbre ambassade,

I . J'entends dite que depuis quelque temps les choses ont changé en mieui à Tsïti. Sans discuter les faits, qui ne présentent peut-être que de raines apparences, je u’ai qu’un mol à dire : Que nous importent ces conquêtes équivoques du protestantisme dans quelque ils imiterccptible de lu mer du Sud; tandis qu’il détruit le christianisme en Euroj>e,

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