‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 19 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

Lui seul peut juger des circonstances qui exigent ce remède extrême. Ceux qui ont prétendu attribuer ce pouvoir à l’autorité temporelle n’ont pas fait attention à l’étrange paralogisme qu’ils se permettaient. Ils supposent une monarchie universelle et de plus éternelle ; ils remontent toujours sans réflexion à ecs temps où toutes les mitres pouvaient être convoquées par un sceptre seul ou par deux. L’empereur seul, dit Fleury, pouvait convoquer les conciles universels, parce qu’il pouvait seul commander aux évêques de faire des voyages extraordinaires, dont le plus souvent il faisait les frais, et dont il indiquait le lieu... Les Papes se contentaient de demander ces assemblées..., et souvent sans les obtenir

Eh biènl c’est une nouvelle preuve que l’Église ne peut être régie par les conciles généraux, Dieu n’ayant pu mettre les lois de son Église en contradiction avec celles de la nature, lui qui a fait la nature et l’Église.

La souveraineté politique n’étant de sa nature ni universelle, ni indivisible, ni perpétuelle, si l’on refuse au Pape le droit de convoquer les conciles généraux, à qui donc l’accorderons-nous? Sa Majesté très-chrétienne appellerait-elle les évêques d’Angleterre , ou Sa Majesté britannique ceux de France? Voilà comment ces vains discoureurs ont abusé de l’histoire ! Et les voilà encore bien convaincus de combattre la nature des choses, qui veut absolument, indépendamment même de toute idée théologique, qu’un concile œcuménique ne puisse être convoqué que par un pouvoir œcuménique.

Mais comment les hommes subordonnés à une puissance, puisqu’ils sont convoqués par elle, pourraient-ils être, quoique séparés d’elle, au-dessus d’elle ? L’énoncé Seul de cette proposition en démontre l’absurdité.

On peut dire néanmoins, 'dans un sens très-vrai, que le concile universel est au-dessus du Pape ; car, comme il ne saurait y avoir de concile de ce genre sans Pape, si l’on

(. Nouv. Opusc. de Fleury, p, 138.

veut dire que le Pape et l’épiscopat entier sont au-dessus du Pape, ou, en d’autres termes, que le Pape seul ne peut revenir sur un dogme décidé par lui et par les évêques réunis en concile général, le Pape et le bon sens en demeureront d’accord.

Mais que les évêques séparés de lui et en contradiction avec lui soient au-dessus de lui, c’est une proposition à laquelle on fait tout l’honneur possible en la traitant seulement d’extravagante.

Et la première supposition même que je viens de faire, si on ne la restreint pas rigoureusement au dogme, ne contente plus la bonne foi, et laisse subsister une foule de difficultés.

Oh est la souveraineté dans les longs intervalles qui séparent les conciles œcuméniques ? Pourquoi le Pape ne pourrait-il pas abroger ou changer ce qu’il aurait fait en concile, s’il ne s'agit pas de dogmes, et si les circonstances l’exigent impérieusement ? Si les besoins de l’Église appelaient une de ces grandes mesures qui ne souffrent pas de délai, comme nous l’avons vu deux fois pendant la révolution française', que faudrait-il faire? Les jugements du Pape ne pouvant être réformés que par le concile général, qui assemblera le concile? Si le Pape s’y refuse, qui le forcera? et, en attendant, comment l’Eglise sera-t-elle gouvernée, etc., etc.?

Tout nous ramène à la décision du bon sens, dictée par la plus évidente analogie, que la bulle du Pape, parlant seul de sa chaire, ne diffère des canons prononcés en concile général que comme, par exemple, l’ordonnance de la marine ou des eaux et forêts différait, pour des Français, de celle de Blois ou d’Orléans.

Le Pape, pour dissoudre un concile comme concile.

1. D’abord, à l’époque de l’Église constitutiounelle et du Serment civique, et, depuis, à celle du Concordat. Les respectables prélats qui crurent devoir résister au Pape, à celte dernière époque, pensèrent que la questiou était de savoir si le Pape s'était trompé, tandis qu’il s’agissait de savoir s’il fallait obéir quand même il se serait trompé ; ce qui abrégeait fort la discussion.

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