‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 20 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

n’a donc qu’à sortir de la salle en disant : Je n'en suis plus; de ce moment ce n’est plus qu’une assemblée, et un conciliabule s’il s’obstine. Jamais je n’ai compris les Français lorsqu’ils affirment que les décrets d’un concile général ont force de loi, indépendamment de l’acceptation ou de la confirmation du Souverain Pontife \

S’ils entendent dire que les décrets du concile, ayant été faits sous la présidence et avec l’approbation du Pape ou de ses légats, la bulle d’approbation ou de confirmation qui termine les actes n’est plus qu’une affaire de forme, on peut les entendre (cependant encore comme des chicaneurs); s’ils veulent dire quelque chose de plus, ils ne sont pas supportables.

Mais, dira-t-on peut-être d’après les disputeurs modernes, si le Pape devenait hérétique, furieux, destructeur des droits de l’Église, etc., quel sera le remède'!

Je réponds, en premier lieu, que les hommes qui s’amusent à faire, de nos jours, ces sortes de suppositions, quoique pendant dix-huit cent trente-six ans elles ne se soient jamais réalisées, sont bien ridicules ou bien coupables.

En second lieu, et dans toutes les suppositions imaginables, je demande à mon tour : Que ferait-on si le roi d’Angleterre était incommodé au point de ne pouvoir plus remplir ses fonctions? On ferait ce qu’on a fait, ou peut-être autrement; mais s’ensuivrait-il par hasard que le parlement fût au-dessus du roi, ou qu’il pût être convoqué par d’autres que le roi, etc., etc., etc.?

Plus on examinera la chose attentivement, et plus on se convaincra que, malgré les conciles, et en vertu même des conciles, sans la monarchie romaine, il n’y a plus d’Église.

1. Bcrgier, Dict. Ihéol., art. Conciles , n" IV; mais, plus bas. au 11° V, § 3, il met au rang des caractères de l’œcuraénicité la convocation faite par le Souverain Pontife ou son consentement. Je ne sais comment on peut accorder ces deus testes.

Veut-on s’en convaincre par une hypothèse trèssimple? Il suffit de supposer qu’au seizième siècle, l'Église orientale séparée, dont tous les dogmes étaient alors attaqués ainsi que les nôtres, se fût assemblée en concile œcuménique , à Constantinople, à Smyrne, etc., pour dife anathème aux nouvelles erreurs, pendant que nous étions assemblés à Trente pour le même objet; où aurait été l'Église? Otez le Pape, il n’y a plus moyen de répondre.

Et si les Indes, l’Afrique et l’Amérique, que je suppose également peuplées de chrétiens de la même espèce, avaient pris le même parti : la difficulté se complique, la confusion augmente, et l’Église disparaît.

Considérons, d’ailleurs, que le caractère œcuménique ne dérive point, pour les conciles, du nombre des évêques qui les composent; il suffit que tous soient convoqués, ensuite vient qui veut. Il y avait cent quatre-vingts évêques à Constantinople en 381 ; il y en avait mille à Rome en 1139, et quatre-vingt-quinze seulement dans la même ville en 1512, en y comprenant les cardinaux. Cependant tous ces conciles sont généraux, preuve évidente que le concile ne tire sa puissance que de son chef : car si le concile avait une autorité propre et indépendante, le nombre ne pourrait être indifférent, d’autant plus que, dans ce cas, l’acceptation de l’Église n’est plus nécessaire, et que le décret, une fois prononcé, est irrévocable. Nous avons vu le nombre des votants diminué jusqu’à quatre-vingts; mais comme il n’y a ni canons ni coutumes qui fixent des limites à ce nombre, je suis bien le maître de diminuer jusqu’à cinquante, et même jusqu’à dix; et à quel homme à peu près raisonnable fera-t-on croire qu’un tel nombre d’évêques ait le droit de commander au Pape et à l’Église?

Ce n’est pas tout : si, dans un besoin pressant de l’Église, le même zèle qui anima jadis l’empereur Sigismond s’emparait à la fois de plusieurs princes, et que

Page 1