LIVRE III, CHAPITRE III
teté ? Je pourrais m’autoriser d’exemples fameux et d’anecdotes piquantes; mais c’est encore un point sur lequelj’airne à passer comme sur des charbons ardents. Un grand fait me suffit, parce qu’il est public et ne souffre pas de réplique; c’est la chute universelle du ministère évangélique protestant dans l’opinion publique. Le mal est ancien et remonte aux premiers temps de la réforme. Le célèbre Lesdiguières, qui résida longtemps sur les frontières du duché de Savoie, estimait beaucoup et voyait souvent saint François de Sales, alors évftque de Genève. Les ministres protestants, choqués d’une telle liaison , résolurent d’adresser une admonestation dans les formes au noble guerrier, alors encore chef de leur parti. Si l’on veut savoir ce qu’il en advint et ce qu’il fut dit à cette occasion, on peut lire toute l’histoire dans un de nos livres ascétiques assez répandu'. Pour moi, je ne copie point.
On cite l’Angleterre ; mais c’est en Angleterre surtout que la dégradation du ministère évangélique est le plus sensible. Les biens du clergé sont à peu près devenus le patrimoine des cadets de bonnes maisons, qui s’amusent dans le monde comme des gens du monde, laissant du reste
A des chantres gagés le soin de louer Dieu.
Le banc des évêques, dans la chambre des pairs, est une espèce de hors-d’œuvre qu’on pourrait enlever sans produire le moindre vide. A peine les prélats osent-ils prendre la parole, même dans les affaires de religion. Le clergé du second ordre est exclu de la représentation nationale ; et pour l’en tenir à jamais éloigné , on se sert d’une subtilité historique qu’un souffle de la législature aurait écarté depuis longtemps, si l’opinion ne les repoussait pas, ce qui est visible. Non-seulement
I . Esprit de saint François de Sales, recueilli des écrit» de H. le Carou*» évctjue de Belle y, in- 8, part. III, cb. nui.
l’ordre a baissé dans l’estime publique, mais lui-même se défie de lui-méme. Souvent on a vu l’ecclésiastique anglais, embarrassé de son état, effacer dans les écrits publics la lettre 1 fatale qui précède son nom et constate son caractère; souvent encore on l’a vu , masqué sous un habit laïque, quelquefois môme sous un habit militaire, amuser les salons étrangers avec sa burlesque épée.
A l’époque où l’on agita en Angleterre , avec tant de fracas et de solennité, la question de V émancipation des catholiques (en 1805), on parla des ecclésiastiques, dans le parlement, avec tant d’aigreur, avec tant de dureté, avec une défiance si prononcée, que les étrangers en furent sans comparaison plus surpris que les auditeurs \
Il faut dire aussi qu’il y a, dans le caractère môme de cette milice évangélique, quelque chose qui défend la confiance et qui appelle la défaveur. Il n’y a point d’autorité, il n’y a point de règle, ni par conséquent de croyance commune dans leurs Églises. Eux -mêmes avouent, avec une candeur parfaite, «que l’ecclésias- « tique protestant n’est obligé de souscrire une con- « fession de foi quelconque, que pour le repos et la « tranquillité publique, sans autre but que celui de « maintenir, entre les membres d’une même commu- « nion, l’union extérieure; mais que, du reste, aucune « de ces confessions ne saurait être regardée comme « une règle de foi proprement dite. Les protestants « n’en connaissent pas d’autre que l’Écriture sainte 3. »