LIVRE III, CHAPITRE III
« glais, soit anglican, soit presbytérien, est tout autre - « ment respectable , et il ne fournit aux ennemis du culte « ni les mômes raisons ni les mômes prétextes »
11 faudrait parcourir mille volumes peut-être pour rencontrer quelque chose d’aussi téméraire; et c’est une nouvelle preuve de l’empire terrible des préjugés sur les meilleurs esprits et sur les hommes les plus estimables.
En premier lieu, je ne sais sur quoi porte la comparaison : pour qu’elle eût une base, il faudrait qu’on pût opposer sacerdoce à sacerdoce; or, il n’y a plus de sacerdoce dans les Églises protestantes; le prêtre a disparu avec le sacrifice; et c’est une chose bien remarquable que, partout où la réforme s’établit, la langue, interprète toujours infaillible de la conscience, abolit sur-le-champ le mot de prêtre, au point que, déjà du temps de Bacon , ce mot était pris pour une espèce d’injure \ Lors donc qu’on parle du clergé dê Angleterre , d’Écosse, etc., on ne s’exprime point exactement; car il n’y a plus de clergé là où il n’y a plus de clercs, pas plus que d’état militaire sans militaires. C’est donc tout comme si l’on avait comparé, par exemple, les curés de France ou d’Italie aux avocats ou aux médecins d’Angleterre et d’Écosse.
Mais en donnant à ce mot de clergé toute la latitude possible, et l’entendant de tout corps de ministres d’un culte chrétien , l’immense supériorité du clergé catholique, en mérite comme en considération, est aussi évidente que la lumière du soleil.
On peut même observer que ces deux genres de supériorité se confondent; car, pour un corps tel que le
1. Bibliolh. Britun.,sar\'Enquirer de M. God-win, Mars (798, n“ 53, p. 282.
2. • Je pense qu’on ne devrait point continuer de se servir du mot de prêtre , • particulièrement dans les cas où les personnes s’en trouvent offensées. • {Bacon, Œuvres, t. IV, p. +72. — Christianisme de Bacon, t. Il, p. 2+1.) Ou a suivi le conseil de Bacon. Dans'la langue et dans la conversation anglaise, le mot priest ne se trouve plus que dans priesteraff,
clergé catholique , une grande considération est inséparable d’un grand mérite, et c’est une chose bien remarquable que cette considération l’accompagne même chez les nations séparées; car c’est la conscience qui l’accorde, et la conscience est un juge incorruptible.
Les critiques même qu’on adresse aux prêtres catholiques prouvent leur supériorité. Voltaire l’a fort bien dit : « La vie séculière a toujours été plus vicieuse que « celle des prêtres, mais les désordres de ceux-ci ont « toujours été plus remarquables par leur contraste « avec la règle'. * On ne leur pardonne rien, parce qu’on en attend tout.
La môme règle a lieu depuis le Souverain Pontife jusqu’au sacristain. Tout membre du clergé catholique est continuellement confronté à son caractère idéal, et par conséquent jugé sans miséricorde. Ses peccadilles même sont des forfaits; tandis que de l’autre côté les crimes mêmes ne sont que des peccadilles, précisément comme parmi les gens du monde. Qu’est-ce qu’un ministre du culte qui se nomme réformé ? c’est un homme habillé de noir, qui monte tous les dimanches en chaire pour y tenir des propos honnêtes. A ce métier, tout honnête homme peut réussir, et il n’exclut aucune faiblesse de Y honnête homme. J’ai examiné de très-près cette classe d’hommes; j’ai surtout interrogé sur ces ministres évangéliques l’opinion qui les environne, et cette opinion même s’accorde avec la nôtre, pour ne leur accorder aucune supériorité de caractère.
Ce qu’ils peuvent n’est rien ; ils sont ce que nous sommes, Véritablement hommes,
Et virent comme nous.
On ne leur demande que la probité. Mais qu’est-ce donc que cette vertu humaine pour ce redoutable ministère qui exige la probité divinisée , c’est-à-dire la sain~
|. Voltaire, Essai sur les moeurs, etc., t. III, cb. cm.