‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 221 sur 295 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

gue paix, il n’en est pas moins vrai que le clergé catholique demeure sans comparaison hors de pair pour la conduite comme pour la considération qui en est la suite. Celte considération est môme si frappante, qu’elle ne peut être mise en question que par un aveuglement volontaire.

Il est heureux sans doute que l’expérience la plus ma* gnifique soit venue de nos jours h l’appui d’une théorie incontestable en elle-mérae, etqu’après avoir démontré ce qui doit être, je puisse encore montrer ce qui est. Le clergé français, dispersé chez toutes les nations étrangères, quel spectacle n’a-l-il pas donné au monde? A l’aspect de ses vertus, que deviennent toutes les déclamations ennemies? Le prêtre français, libre de toute autorité, environné de séductions, souvent dans toute la force de l’âge et des passions, poussé chez des nations étrangères à son austère discipline, et qui auraient applaudi à ce que nous aurions appelé des crimes, est cependant demeuré invariablement fidèle à ses vœux. Quelle force l’a donc soutenu, et comment s’est-il montré constamment au-dessus des faiblesses de l’humanité? Il a conquis surtout l’estime de l’Angleterre, très-juste appréciatrice des talents et des vertus, comme elle eût été l’inexorable délatrice des moindres faiblesses. L’homme qui se présente pour entrer dans une maison anglaise, à titre de médecin, de chirurgien, d’instituteur, etc., ne passe pas le seuil, s’il est célibataire. Une prudence ombrageuse se défie de tout homme dont les désirs n’ont pas d’objet fixe et légal. On dirait qu’elle ne croit pas à la résistance, tant elle redoute l’attaque. Le prêtre seul a pu échapper à cette soupçonneuse délicatesse : il est entré dans les maisons anglaises en vertu de ce môme titre qui en aurait exclu d’autres hommes. Une opinion rancuneuse, âgée de trois siècles, n’a pu s’empêcher de croire à la sainteté du célibat religieux. La défiance s’est tranquillisée devant le caractère sacerdotal si grand , si frappant , si parfaitement ini-

DU l'Al'E.

mitable comme celui de la vérité dont il émane; et tel Anglais peut-être qui avait souvent parlé ou écrit d’après ses préjugés contre le célibat ecclésiastique, voyait sans crainte sa femme ou sa fille recevoir les leçons d’un prêtre catholique : tant la conscience est infaillible! tant elle s’embarrasse peu de ce que l’esprit imagine ou de ce que la bouche dit!

Les femmes mêmes, vouées à ce même célibat, ont participé à la même gloire. Combien le philosophisme n’avait-il pas déclamé contre les vœux forcés et les victimes du cloître 1 ! Et cependant, lorsqu'une assemblée de fous qui faisaient ce qu’ils pouvaient pour être des coquins3, se donna le plaisir sacrilège de déclarer les vœux illégitimes et d’ouvrir les cloîtres, il fallut payer je ne sais quelle effrontée du peuple, pour venir à la barre de l’assemblée jouer la religieuse affranchie.

Les vestales françaises déployèrent l’intrépidité des prêtres dans les prisons et sur les échafauds ; et celles que la tempête révolutionnaire avaient dispersées chez les nations étrangères et jusqu’en Amérique, loin de céder aux séductions les plus dangereuses, ont fait admirer de tous côtés l’amour de leur état, le respect pour leurs vœux, et le libre exercice de toutes les vertus.

Elle a péri cette sainte, cette noble Église gallicane ! elle a péri ; et nous en serions inconsolables, si le Seigneur ne nous avait laissé un germe 4.

La haute noblesse du clergé catholique est due tout

t. Expressions très-connues de Rousseau, à propos des caractères de vérité qui brillent dans l'Évangile.

2. Ces folles déclamations te trouvent, comme on sait, réunies et pour ainsi dire condensées dans la Mélanie de la Harpe. En vain l’auteur, depuis son retour à la vérité, fit les plus vives instances pour que sa pièce fût ôtée du répertoire ; on s’y refusa obstinément, et ce défaut de délicatesse fait tort à la nation française bien plus qu'elle ne le pense. Ce n’est rien, dira-t-elle. C’est beaucoup. Cet exemple se joint à la nouvelle édition de Voltaire, à la stéréotypie de Jeanne d’Arc y invariablement annoncée dans tous les catalogues, avec le Discours sur l'Histoire universelle, et les Oraisons funèbres de Bossuet, etc., etc.

3. Douces expressions de Burkc, dans sa lettre au D . D. B,y en parlant de l'Assemblée nationale.

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