LIVRE III, CHAPITRE
« savent plus ce qu’ils croient, ni ce qu’ils veulent, ni « ce qu’ils disent; qu’on ne sait pas même ce qu’ils font « semblant de croire, et que l’intérêt décide seul de leur « foi1.»
Le célèbre helléniste, M. Fréd. Aug. WolfT, remarque avec une rare sagesse, dans ses Prolégomènes sur Homère, « qu’un livre étant une fois consacré par l’u- « sage public, la vénération nous empêche d’y voir des « choses absurdes ou ridicules; qu’on adoucit donc et « qu’on embellit par des interprétations convenables « tout ce qui ne paraît pas supportable à la raison parti ticulière; que plus on met de finesse et de science « dans ces sortes d’explications, et plus on est censé « servir la religion; que toujours on en a usé ainsi à l’é- « gard des livres qui passent pour sacrés; et que si l’on « s’y détermine pour rendre le livre utile à la masse du « peuple, on ne saurait voir rien de répréhensible dans « cette mesure 3. »
Ce passage est un bon commentaire de celui de Rousseau, et dévoile en plein le secret de l’enseignement protestant. On ferait un livre de ces sortes de texte; et, par une conséquence inévitable, on en ferait un autre des témoignages de froideur ou de mépris distribués à l’ordre ecclésiastique par les différents souverains protestants.
L’un décide «qu’il a jugé à propos de faire composer « une nouvelle liturgie plus conforme à l’enseignement « pur de la religion, à l’édification publique et à l’es- « prit du siècle actuel, et que plusieurs motifs l’ont dé- « terminé à ne point souffrir que les ecclésiastiques se « mêlent aucunement de la rédaction de ces formules « liturgiques3. »
1. J. -J. Rousseau, Lettres écrites de la Montagne, lettre II*.
2. Frid. Aug. Wol/ii Prolegomena in Homerum. — Halis Saxonum, 1798, t. I, u* 36, p. CLX1II.
3. Journal de Parie, mercredi ît décembre 1808, u* 356, p. 2573. — Il faut l’&eouer, c’est un singulier spectacle que celui de l'ordre ecclésiastique déclaré incapable de se mêler des affaires ecclésiastiques.
Un autre défend à tous les ministres et prédicateurs de ses États d’employer la formule : Que le Seigneur vous bénisse , etc. , « attendu, dit le prince, que les ecclésias- « tiques ont besoin eux-mômes de la bénédiction di- « vine, et qu'il y a de l’arrogance de la part d’un mortel « de vouloir parler au nom de la Providence »
Quel sacerdoce et quelle opinion ! Je l’ai étudiée, cette opinion, dans les livres, dans les conversations, dans les actes de la souveraineté, et toujours je l'ai trouvée invariablement ennemie de l’ordre ecclésiastique. Je puis môme ajouter (et Dieu sait que je dis la vérité) que mille et mille fois, en contemplant ces ministres, illégitimes sans doute et justement frappés, mais cependant moins rebelles eux-mômes qu'enfants de rebelles, et victimes de ces préjugés tyranniques
Que peut-être en nos eueurs Dieu seul peut effacer,
je voyais dans le mien un intérêt tendre, une tristesse fraternelle, une compassion pleine de délicatesse et de révérence, enfin je ne sais quel sentiment indéfinissable que je ne trouvais pas à beaucoup près chez leurs propres frères.
Si les écrivains que j’ai cités au commencement de cet article s’étaient contentés d’affirmer que le clergé catholique aurait probablement évité de grands malheurs s'il avait été plus pénétré des devoirs de son état , je doute qu’ils eussent trouvé des contradicteurs parmi ce clergé même; car nul prêtre catholique ne se trouve au niveau de ses sublimes fonctions; toujours il croira qu’il lui manque quelque chose : mais en passant condamnation sur quelques relâchements, fruits inévitables d’une lon-
I. Journal de l’Empire du 17 octobre 1809, p. 4 (sous la rubrique de Francfort, du 1 1 octobre), l’or la n.èine raison, uu père serait uu arrogant s’il s’avisait de bèuir sou lits. Quelle force de raisonnement ! Mais tout cela n’eit qu’une chicane faite au clergé, qu’on n’aime pas.