‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 236 sur 295 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

Le mahométisme n’accorde que dix à douze ans aux souverains : car les crimes des hommes multiplient les princes; et, dans tout le pays infidèle, il faut nécessairement qu’il y ait infiniment plus de crimes et infiniment moins de vertus que parmi nous, quel que soit le relâchement de nos mœurs, puisque, malgré ce relâchement, la vérité nous est néanmoins continuellement prêchée, et que nous avons l’ intelligence des choses qu'on nous dit.

Les règnes pourront donc s’élever, dans les pays chrétiens, jusqu’à vingt-cinq ans. En France, le règne commun , calculé pendant trois cents ans, est de vingtcinq ans. En Danemark, en Portugal, en Piémont, les règnes sont également de vingt-cinq ans. En Espagne, ils sont de vingt-deux aus; et il y a, comme ou voit, quelque différence entre les durées des différents gouvernements chrétiens; mais tous les règnes chrétiens sont plus longs que tous les règnes non chrétiens, anciens et modernes.

Une considération importante sur la durée des règnes pourrait peut-être se tirer encore des souverainetés protestantes, comparées à elles-mêmes avant la réforme, et à celles qui n’ont point changé de foi.

Les règnes d’Angleterre, qui étaient de plus de vingttrois ans avant la réforme, ne sont plus que de dix-sept ans depuis cette époque. Ceux de la Suède sont tombés de vingt-deux ans à ce même nombre de dix-sept. Il pourrait donc se faire que la loi incontestable à l’égard des nations infidèles ou primitivement étrangères à l’influence du Saint-Siège, que cette loi, dis-je, se manifestât encore chez les nations qui n’ont cessé d’être catholiques qu’après l’avoir été longtemps. Néanmoins, comme il peut y avoir des compensations inconnues, et que le Danemark, par exemple, en vertu de quelque raison cachée, mais certainement honorable pour la nation , ne paraît pas avoir subi la loi de raccourcissement des règnes, il convient d’attendre encore avant de

généraliser. Cette loi, au reste, étant manifeste, il ne s’agit plus que d’en examiner l’étendue. On ne saurait trop approfondir l'influence de la religion sur la durée des règnes et sur celle des dynasties.

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