LIVRE III, CHAPITRE VI
dans les bras de ces misérables Grecs du Bas-Empire, détestables sophistes, prodiges d’orgueil et de nullité, dont l’histoire ne peut être lue que par un homme exercé à vaincre les plus grands dégoûts, et qui a présenté enfin pendant mille ans le spectacle hideux d’une monarchie chrétienne avilie jusqu’à des régnes de onze ans.
Il ne faut pas avoir vécu longtemps en Russie pour s’apercevoir de ce qui manque à ses habitants. C’est quelque chose de profond qu’on sent profondément, et que le Russe peut contempler lui-même dans le règne commun de ses maîtres, qui n’excède pas treize ans, tandis que le règne chrétien touche au double de ce nombre, et l’atteindra bientôt ou le surpassera même partout ou l’on sera sage. En vain le sang étranger, porté sur le trône de Russie, pourrait se croire en droit de concevoir des espérances plus élevées, en vain les plus douces vertus viendraient contraster sur ce trône avec l’àpreté antique, les règnes ne sont point accourcis par les fautes des souverains, ce qui serait visiblement injuste, mais par celles du peuple'. En vain les souverains feront les plus nobles efforts, secondés par ceux d’un peuple généreux qui ne compte jamais avec ses maîtres; tous ces prodiges de l’orgueil national le plus légitime seront nuis s’ils ne sont pas fanestes. Les siècles passés ne sont plus au pouvoir du Russe. Le sceptre créateur, le sceptre divin n’a pas assez reposé sur sa tête, et dans son profond aveuglement, ce grand peuple s’en glorifie 1 Cependant la loi qui le rabaisse vient de trop haut pour qu’il soit possible de la détourner autrement qu’en lui rendant hommage. Pour s’élever au niveau de la civilisation et de la science européenne, il n’y a qu’une voie pour lui, celle dont il est sorti.
Souvent le Russe entendit la voix de la calomnie, et trop souvent encore celle de l’ingratitude. Il eut droit
IJU PAPE.
sans doute de se révolter contre les écrivains sans délicatesse, qui payaient par des insultes la plus généreuse hospitalité ; Nmais qu’il ne refuse point sa confiance à des sentiments directement opposés. Le respect, l’attachement, la reconnaissance n’ont sûrement pas envie de le tromper.