‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 241 sur 295 · I. Lettres sur l’Histoire, l. Il, lctt. XLV · texte numérisé non relu

I. Lettres sur l’Histoire, l. Il, lctt. XLV

tenir en respect, ils auraient sauvé l'Asie comme ils ont sauvé l’Europe, qui leur doit tout, quoiqu’elle semble l’oublier.

Longtemps déchirée par les barbares du Nord, lISu* rope se voyait menacée des plus grands maux. Les redoutables Sarrasins fondaient sur elle, et déjà ses plus belles provinces étaient attaquées, conquises ou entamées. Déjà maîtres de la Syrie, de l’Égypte, de la Tingitane, de la Numidie , ils avaient ajouté à leurs conquêtes d’Asie et d’Afrique une partie considérable de la Grèce, l’Espagne, la Sardaigne, la Corse, la Pouille, la Calabre et la Sicile en partie. Ils avaient fait le siège de Rome, et brûlé ses faubourgs. Enfin ils s’étaient jetés sur la France, et dès le huitième siècle, c’en était fait déjà de l’Europe, c’est-à-dire du christianisme, des sciences et de la civilisation, sans le génie de Charles-Martel et de Charlemagne qui arrêtèrent le torrent. Le nouvel ennemi ne ressemblait point aux autres : les nobles enfants du Nord pouvaient s’accoutumer à nons, apprendre nos langues, et s’unir à nous enfin par le triple lien des lois, des mariages et de la religion. Mais le disciple de Mahomet ne nous appartient d’aucune manière : il est étranger, inassociable, immiscible à nous. Voye2 les Turcs ! spectateurs dédaigneux et hautains de notre civilisation, de nos arts, de nos sciences, ennemis mortels de notre culte, ils sont aujourd’hui ce qu’ils étaient en 1454, un camp de Tartares, assis sur une terre européenne. La guerre entre nous est naturelle, et la paix forcée. Dès que le chrétien et le musulman viennent à se toucher, l'un des deux doit servir ou périr .

Entre cet ennemis il n’est point de traité.

Heureusement la tiare nous a sauvé du croissant. Elle n’a cessé de lui résister, de le combattre, de lui chercher des ennemis, de les réunir, de les animer, de les

Page 1