‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 250 sur 295 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

mencement du siècle dernier, un catéchisme contenant tous les dogmes qu’il approuvait, cette pièce fut traduite en anglais’, en l’année 1723, avec une préface qui mérite d’être citée :

« Ce catéchisme, dit le traducteur, respire le génie du « grand homme par les ordres duquel il fut composé s. Ce « prince a vaincu deux ennemis plus terribles que les « Suédois et les Tartares; je veux dire la superstition et « l’ignorance favorisées encore par l’habitude la plus « obstinée et la plus insatiable.,. Je me flatte que cette « traduction rendra plus facile le rapprochement des « évêques anglais et russes, afin que par leur réunion « ils deviennent plus capables de renverser les desseins « atroces et sanguinaires du clergé romain1 2 3 4... Les Russes « et les réformés s’accordent sur plusieurs articles de « foi, autant qu’ils diffèrent de l’Église romaine*... Les « premiers nient le purgatoire5 6 *....; et notre eoropa- « triote Covel, docteur de Cambridge, a prouvé docteu ment, dans ses Mémoires sur l’Église grecque, com- « bien la transsubstantiation des Latins diffère de la cène « grecque 8. »

1. The Russian Catechism, cmnposed and published by the ordet of lhe en*; to whivh it annexed a short account of lhe church-govemment and ceremonies of the Moscovites . (London, Meadows, 1725, iii-8, by Jeukin. Thom. Philipps, p. 4 et 66.)

2. Le traducteur parle ici d'un catéchisme comme il parlerait d’un ukase que l’empereur aurait publié sur le droit ou la police. Cette opinion, qui e9t juste, doit être remarquée.

3. On pourrait s’étonner qu’en 1725 on pût encore réimprimer en Angleterre une extravagance de cette force. Je prendrai néanmoins l'engagement de montrer des passages eucore plus merveilleux dans les ouvrages des premiers docteurs anglais de nos jours.

4. Sur ce point le traducteur a tort et il a raison. Il a tort, si l'on s'en tient aux professions de foi écrites, qui sont les mêmes, k peu de chose près, pour les Eglises latine et russe, et different également des confessions protestantes; niais si l’on en vient à la pratique et à la croyance intérieure, le traducteur a raison. Chaque jour la foi dite grecque s’éloigne de Rome et s'approche de Wittemberg.

5. Je u’eu sais rien, et je crois en ma conscience que le clergé russe ne le sait pas mieux que moi.

6 . On entend ici des théologiens anglicans affirmer que déjà, au commence-

ment du dernier siècle, la foi de l’Eglise romaine et celle de l’Eglise russe sur l’article de l'Eucharistie n’étaient plus les mêmes. On se plaindrait doue à tort

des préjugés catholiques sur cet article.

DU l'APE.

Quelle tendresse et quelle confiance ! La fraternité est évidente. C’est ici que la puissance de la haine se fait sentir d’une manière véritablement effrayante. L’Église russe professe comme la nôtre la présence réelle, la nécessité de la confession et de l’absolution sacerdotale, le même nombre de sacrements, la réalité du sacrifice eucharistique, l’invocation des Saints, le culte des images, etc. ; le protestantisme, au contraire, fait profession de rejeter et même d’abhorrer ces dogmes et ces usages, néanmoins, s’il les rencontre dans une Église séparée de Rome, il n’en est plus choqué. Ce culte des images surtout, si solennellement déclaré idolâtrique, perd tout son venin, quand il serait même exagéré au point d’être devenu à peu près toute la religion. Le Russe est séparé du Saint-Siège; c’en est assez pour le protestant; celuici ne voit plus en lui qu’un frère, qu’un autre protestant; tous les dogmes sont nuis, excepté la haine de Rome. Cette haine est le lien unique, mais universel, de toutes les Églises séparées.

Un archevêque de Twer, mort il y a seulement deux ou trois ans, publia en 1805 un ouvrage historique en latin, sur les quatre premiers siècles du christianisme, et dans ce livre que j’ai déjà cité sur le célibat, il avance sans détour qu’une grande partie du clergé russe est calviniste'. Ce texte n’est pas équivoque.

Le clergé n’étudie dans tout le cours de son éducation ecclésiastique que des livres protestants; une habitude haineuse l’écarte des livres catholiques, malgré l'extrême affinité des dogmes. Bingham surtout est son ora-

1 . Ou, si l’on veut s'exprimer mot à mot, « qu'une grande partie du clergé « russe chérit et célèbre à l'excès le système calviniste. » — Hæc sane est disciplina ilia (Calvini), quem plurihi ni sostris (sic) tantopere tondant deamantque. (Metliodii , arebiep. Twer, Liber hisloricus de rebus in primitiva Eccl. christ., etc., in-4, Mosquæ 1S0S, ty pis sanctissimæ synotli , cap. vi , sect. i, § 79, p. 168.) Tout homme qui a pu. voir les choses de près 11e doutera pas que par ces mots pldrimi de rostris, il ne faille entendre tout prêtre de cette Eglise qui sait le latin ou le français, à moins que dans le foud de son coeur, il ne penche d'un côté tout opposé, ce qui D'est pas inouï parmi les gens instruits de cet ordre.

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