LIVRE IV, CHAPITRE
viendra à souffler sur ces Églises, il arrivera ce qui doit arriver suivant les lois de la nature : les formes antiques se dissoudront, et il ne restera que de la poussière.
Je n’ai jamais habité la Grèce, ni aucune contrée de l’Asie, mais j’ai longtemps habité le monde, et j’ai le bonheur d’en connaître quelques lois. Un mathématicien serait bien malheureux s’il était obligé de calculer l’un après l’autre tous les termes d’une longue série; pour ce cas et pour tant d’autres, il y a des formules qui expédient le travail. Je n’ai donc aucun besoin de savoir (quoique je n’avoue point que je ne le sais pas) ce qui se fait et ce qui se croit ici ou là. Je sais, et cela me suffit, que si la science y a fait son entrée, la foi en a disparu; ce qui ne s’entend point, comme on le sent assez, d’un changement Subit, mais graduel, suivant une autre loi de la nature qui n’admet point les sauts, comme dit l’école. — Voici donc la loi aussi sûre, aussi invariable que son auteur ;
ADCUNE RELIGION , EXCEPTÉ UNË , NE PEUT SOPPOftîER L’ÉPREUVE
tm La scibnck.
Cèt oracle est plus sûr que celui de Calchas.
La science est une espèce d'acide qui dissout tous les métaux, excepté l’or.
Où sont les professions de foi du seizième siècle? — Dans les livres. Nous n’avons cessé de dire aux protestants : Vous ne pouvez vous arrêter sur les flancs d’un précipice rapide, vous roulerez jusqu au fond. Les prédictions catholiques se trouvent aujourd’hui parfaitement justifiées. Que ceux qui n’ont fait encore que trois ou quatre pas sur cette même pente ne viennent point nous vanter leur prétendue immobilité : ils verront bientôt ce que c’est que le mouvement accéléré.
J’en jure par l’éternelle vérité, et nulle conscience
européenne ne nie contredira, la science et la foi ne s’allieront jamais hors de V unité.
On sait ce que dit un jour le bon La Fontaine en rendant le Nouveau Testament à un ami qui l’avait engagé à le lire : J’ai lu votre Nouveau Testament , c’est un assez bon livre. C’est à cette confession, si l’on y prend bien garde, que se réduit à peu près la foi protestante; à je ne sais quel sentiment vague et confus qu’on exprimerait fort bien par ce peu de mots :
Il pourrait y avoir quelque chose de divin dans le christianisme.
Mais lorsqu’on en viendra à une profession de foi détaillée, personne ne sera d’accord. Les anciennes formules ecclésiastiques reposent dans les livres; on les signe aujourd’hui parce qu’on les signait hier; mais qu’est-ce que cela signifie pour la conscience î Ce qu’il est bien important d’observer, c’est que les Églises photiennes sont plus éloignées de la vérité que les autres Églises protestantes; car celles-ci ont parcouru le cercle de l’erreur, au lieu que les autres commencent seulement à le parcourir, et doivent par conséquent passer par le calvinisme, peut-être même par le socinianisme, avant de remonter à l’unité. Tout ami de cette unité doit donc désirer que l’antique édifice achève de crouler incessamment chez ces peuples séparés, sous les coups de la science protestante, afin que la place demeure vide pour la vérité.
Il y a cependant une grande chance en faveur des Églises dites schismatiques, et qui peut extrêmement accélérer leur retour; c’est celui des protestants, qui est déjà fort avancé, et qui peut être hâté plus que nous ne le croyons par un désir ardent et pur, séparé de tout esprit d’orgueil et de contention.
On ne saurait croire à quel point les Églises dites simplement schismatiques s’appuient à la révolte et à la science protestante. Ah ! si jamais la même foi parlait seulement anglais et français, en un clin d’œil l’obsti-