‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 256 sur 295 · LIVRE IV, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE

Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d’innombrables sectes de reptiles fangeux, les religions nationales qui se putréfient produisent de môme une foule dïnsecfes religieux qui traînent sur le même sol les restes d’une vie divisée, imparfaite et dégoûtante.

C’est ce qu’on peut observer de tout côté ; et c’est par là que l’Angleterre et la Russie surtout peuvent s’expliquer à elles-mêmes le nombre et l’inépuisable fécondité des sectes qui pullulent dans leur vaste sein. Elles naissent de la putréfaction d’un grand corps: c’est l’ordre de la nature.

L’Église russe , en particulier, porte dans son sein plus d’ennemis que toute autre ; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascùlnisme1, qu’on pourrait

I. Ou pourrait écrire un mémoire iitéressaut sur ces rascolnics Renfermé dans les bornes étroites d’une noie, je n'en dirai que ce qui est absolument indispensable pour me faire euteudre. Le root de rascolnic, dans la langue russe, signifie, su pied de la lettre, schismatique. La scission désignée par cette expression générique a pris naissauce dans une ancienne traduction de ta Bible, à laquelle les rascolnics tiennent infiniment , et qui contient des testes altérés, suivant eux, dans la version dont l'Église russe fait usage. C'est sur ce fondement qu’ils se nomment eux-mêmes (et qui pourrait les en empêcher?) hommes de l'antique foi, ou vieux croyants (staroversi). Partout où le peuple, possédant pour son malheur l’Écriture sainte en langue vulgaire, s’avise de la lire et de l’interpréter, aucune aberration de l'esprit particulier ne doit étonnér. 11 serait trop long de détailler Ica nombreuses superstitions qui sont venues se joindre aux griefs primitifs de ces hommes égarés. Bientôt la secte originelle s’est divisée et subdivisée, comme il arrive toujours, au point que, dans ce moment. il y a peut-être en Russie quarante sectes de rascolnics. Toutes sont extravagantes, et quelques-unes abominables. Au surplus, les rascolnics eu niasse protestent contre l’Eglise russe, comme celle-ci proteste contre l’Eglise romaine. De part et d'autre c’est le même motif, le même raisonnement et le même droit; de manière que toute plainte de la part de l'autorité dominante serait ridicule. Le rasrolnisme n’alarme ni ne choque la nation en corps, pas plus que toute autre religion fausse ; les hautes classes ne s'eu occupent que pour en rire. Quant au sacerdoce, il n’entreprend rien sur les dissidents, parce qu’il sent son impuissance, et que, d’ailleurs, l’esprit de prosélytisme doit lui manquer par essence. Le rascolnisme ne sort point de la classe du peuple ; mais le peuple est bieu quelque chose, ne fut-il meme que de trente millions. Des hommes qui se prétendent instruits portent déjà le nombre de sel sectaires au septième de ce uombre, à peu prés, ce que je n'afOrroe point. Le gouvernement, qui seul sait à quoi s’en tenir, n’en dit rien, et fait bien, il use, au reste, à l'égard des rascolnics, d’une prudence, d’une modération, d'uhè bonté sans égalés, et, quand même il en résulterait des conséquences malheureuses, ce qu’à Dieu ne plaise ! il pourrait teqjours se consoler en pensant que la sévérité c’aurait pas mieux réussi.

appeler l'illuminisme des campagnes, se renforce chaque jour : déjà ses enfants se comptent par millions, et les lois n’oseraient plus se compromettre avec lui. L’illuminisme, qui est le rascolnisme des salons, s’attache aux chairs délicates que la main grossière du rascolnic ne saurait atteindre. D’autres puissances encore plus dangereuses agissent de leur côté, et toutes se multiplient aux dépens de la masse qu’elles dévorent. Il y a certainement de grandes différences entre les sectes anglaises et les sectes russes ; mais le principe est le môme. C’est la religion nationale qui laisse échapper la vie, et les insectes s’en emparent.

Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se former en France, par exemple, en Italie, etc. ? Parce que la religion y vit tout entière, et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d’elle l’incrédulité absolue, comme on peut voir un cadavre à côté d’un homme vivant; mais jamais elle ne produira rien d’impur hors d’elle-méme, puisque toute sa vie lui appartient. Elle pourra, au contraire, se propager et se multiplier en d’autres hommes chez qui elle sera encor e. elle-même, sans affaiblissement ni diminution, comme la lumière d’un flambeau passe à mille autres.

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