‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 258 sur 295 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

vrai, ce qui est un point de la plus haute importance. J’ai dit plus haut, et rien n’est plus évident, que toute Église séparée de Rome est protestante. En effet, qu’elle proteste aujourd’hui ou qu’elle ait protesté hier, qu’elle proteste sur un dogme, sur deux ou sur dix, toujours est-il vrai qu’elle proteste contre l’unité et contre l’autorité universelle. Photius était né dans cette unité ; il reconnaissait si bien l’autorité du Pape, que c’est au Pape qu’il demanda avec tant d’instance le titre de Patriarche œcuménique , absurde dès qu’il n’est pas unique. Il ne rompit même avec le Souverain Pontife que parce qu’il ne put en obtenir ce grand titre qu’il ambitionnait. Car, il est bien essentiel de l’observer, jamais il ne fut question de dogme entre nous au commencement de la grande et funeste scission. C’est après qu’elle fut opérée, que, pour lui donner une base plausible, on en vint aux disputes de dogme. L’addition du Filioque, faite au Symbole, ne nous avait nullement brouillés avec les Grecs. Les Églises latines, établies en grand nombre à Constantinople, chantaient le Symbole sans exciter le moindre scandale. Que veut-on de plus? Deux conciles œcuméniques furent tenus à Constantinople depuis l’addition du Filioque, sans aucune plainte de la part des Orientaux '. Ces faits ne doivent point être répétés pour

1 . Puisqu'il s’agit du Filioque , on accordera peut-être quelque attention à l'observation suivante. On reconnaît le rôle que joua le platonisme dans les premiers siècles du christianisme. Or, l'école de Platon soutenait que la seconde personne de sa fameuse triuité procédait de la première, et la troisième de la seconde. Pour être bref, je supprime les autorités, qui sont incontestables. Arius, qui avait beaucoup hanté les platoniciens, quoique, dans le fond, il lût, snr la Divinité , moins orthodoxe qu’eox ; Arius, dis-je, s’accommodait fort de cette idée ; car son intérêt était d’accorder tout au Fils, excepté la consubstantialité. Les ariens devaient donc soutenir volontiers avec les platoniciens (quoique partant de principes différents) que le Saint-Esprit procédait du Fils. Macédonius, dont l’bérésie n’était qu’une conséquence nécessaire de celle d’Arius, vint ensuite, et se trouvait porté par son système à la même croyance. Abusant du célèbre passage : Tout a été fait par lui, et sans lui rien ne fut fait, il en concluait que le Saint-Esprit était une production du Fils, qui avait tout fait. Cette opinion étant donc commune aux ariens de toutes les classes, aux macédoniens et à tous les amateurs du platonisme, c’est-à-dire, en réunissant ces différentes classes à une portion formidable des hommes instruits alors existants, le

les théologiens qui ne peuvent les ignorer, mais pour les gens du monde qui s’en doutent peu dans les pays même où il serait si important de les savoir.

Photius protesta donc , comme l’ont fait depuis les Églises du seizième siècle, de manière qu’il n’y a entre toutes les Églises dissidentes d’autres différences que celles qui résultcntdu nombre desdogmes en litige. Quant au principe, il est le même. C’est une insurrection contre l’Église mère, qu’on accuse d’erreur ou d’usurpation. Or, le principe étant le même, les conséquences ne peuvent ditlérer que par les dates. Il faut que tous les dogmes disparaissent l’un après l’autre, et que toutes ces Eglises se trouvent à la fin sociniennes; l’apostasie commençant toujours et s’accomplissant d’abord dans lé clergé, ce que je recommande à l’attention des observateurs.

Quant à l’invariabilité des dogmes écrits, des formules nationales, des vêtements, des mitres, des crosses, des génuflexions, des inclinations, des signes de croix, etc., je n’ajouterai qu’un mot à ce que j’ai dit plus haut. César et Cicéron, s’ils avaient pu vivre jusqu’à nos jours, seraient vêtus comme nous ! leurs statués porteront éternellement la toge et le laticlave.

Toute Église séparée étant donc protestante, il est juste de les renfermer toutes sous la même dénomination. De plus, comme les Églises protestantes se distinguent entre elles par le nom de leur fondateur, par celui des nations qui reçurent la prétendue réforme,* en plus ou en moins, ou par quelque symptôme particulier de la maladie générale, de manière que nous disons :

premier concile de Constantinople devait la condamner solennellement, et c’est ce qu’il lit en déclarant la procession ex Paire. Quant h la procession ex, Filio, il n'en parla pas, parce qu’il n’en était pas question, parce que personne ne la niait ; et parce que l'on ne le croyait que trop, s’il est permis de s’exprimer ainsi. Tel est le point de rue sous lequel il faut, ce me semble, envisager la décision du concile, ce qui n'exclut aucun autre argument employé dans cette question, décidée, d'ailleurs, avant toute discussion théologique, par les arguments tirés de ta plus solide ontologie.

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