‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 26 sur 295 · Livre i, chapitre v · texte numérisé non relu

Livre i, chapitre v

de toutes les institutions et de tous les empires humains, qui ont une enfance, une virilité, une vieillesse et une fin.

Sans pousser plus loin ces observations, ne parlons pas tant des premiers siècles ni des conciles œcuméniques, depuis que le monde est devenu si grand ; ne parlons pas surtout des premiers siècles, comme si le temps avait prise sur l’Église. Les plaies qu’elle reçoit ne viennent que de nos vices: les siècles, en glissant sur elle, ne peuvent que la perfectionner.

Je ne terminerai point ce chapitre sans protester de nouveau expressément de ma parfaite orthodoxie au sujet des conciles généraux. Il peut se faire sans doute que certaines circonstances les rendent nécessaires, et je ne voudrais point nier, par exemple, que le concile de Trente n’ait exécuté des choses qui ne pouvaient l’ètre que par lui; mais jamais le Souverain Pontife ne se montrera plus infaillible que sur la question de savoir si le concile est indispensable, et jamais la puissance temporelle ne pourra mieux faire que de s’cn rapporter à lui sur ce point.

Les Français ignorent peut-être que tout ce qu’on peut dire de plus raisonnable sur le Pape et sur les conciles a été dit par deux théologiens français, en deux textes de quelques lignes, pleins de bon sens et de finesse; textes bien connus et appréciés en Italie par les plus sages défenseurs de la monarchie légitime. Écoutons d’abord le grand athlète du seizième siècle, le fameux vainqueur de Mornay :

« L’infaillibilité que l’on présuppose être au pape « Clément, comme au tribunal souverain de l’Église, « n’est pas pour dire qu’il soit assisté de l’esprit de « Dieu, pour avoir sa lumière nécessaire à décider « toutes les questions; mais son infaillibilité consiste en « ce que toutes les questions auxquelles il se sent asti sisté d’assez de lumière pour les juger, il les juge; et « les autres, auxquelles il ne .se sent pas assez assisté

« de lumières pour les juger, il les remet au con- « cile1. »

C’est positivement la théorie des états généraux, à laquelle tout bon esprit se trouvera constamment ramené par la force de la vérité.

Les questions ordinaires dans lesquelles le roi se sent assisté d'assez de lumières, il les décide lui-même; et les autres, auxquelles il ne se sent pas assez assisté, il les remet aux états généraux présidés par lui. Mais toujours il est souverain.

L’autre théologien français, c’est Thomassin, qui s’exprime ainsi dans une de ses savantes dissertations :

« Ne nous battons plus pour savoir si le concile œcu- « ménique est au-dessus ou au-dessous du Pape. Contt tentons-nous de savoir que le Pape, au milieu du « concile, est au-dessus de lui-méme, et que le concile « décapité de son chef est au-dessous de lui-méme*. a

Je ne sais si jamais on n’a mieux dit. Thomassin surtout, gêné par la déclaration de 1082, s’en est tiré habilement, et nous a fait suffisamment connaître ce qu’il pensait des conciles décapités ; et les deux textes réunis se joignent à tant d’autres pour nous faire connaître la doctrine universelle et invariable du clergé de France, si souvent invoquée par les apôtres des quatre articles.

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