‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 268 sur 295 · LIVRE IV, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VII

moment où l’empire grec jeta un certain éclat et possédait au moins un grand homme, il en coûta cher cependant à l’empereur Justinien pour avoir pris la liberté de s’intituler Francique. Les Français, sous la conduite de Théodebert, vinrent en Italie lui demander compte de cette vaniteuse licence ; et si la mort ne l’eût heureusement débarrassé de Théodebert, le véritable Franc serait probablement rentré en France avec le surnom légitime de Byzantin.

Il faut ajouter que la gloire militaire des Grecs ne fut qu'un éclair. Iphicrate, Chabrias et Timothée ferment la liste de leurs grands capitaines, ouverte par Miltiade De la bataille de Marathon à celle de Leucade, on ne compte que cent quatorze ans. Qu’est-ce qu’une telle nation, comparée à ces Romains qui ne cessèrent de vaincre pendant mille ans, et qui possédèrent le monde connu ? Qu’est-elle même si on la compare aux nations modernes qui ont gagné les batailles de Soissons et de Fontenoy, de Crécy et de Waterloo, etc., et qui sont encore en possession de leurs noms et de leurs territoires primitifs, sans avoir jamais cessé de grandir en force, en lumières et en renommée ?

Les lettres et les arts furent le triomphe de la Grèce. Dans l’un et l’autre genre, elle a découvert le beau; elle en a fixé les caractères; elle nous en a transmis des modèles qui ne nous ont guère laissé que le mérite de les imiter : il faut toujours faire comme elle sous peine de mal faire.

Dans la philosophie, les Grecs ont déployé d’assez grands talents; cependant ce ne sont plus les mômes hommes, et il n’est plus permis de les louer sans mesure. Leur véritable mérite dans ce genre est d’avoir été, s’il est permis de s’exprimer ainsi, les courtiers de la science entre l’Asie et l’Europe. Je ne dis pas que ce

î. Neque post illonm obitum quisquam dux in ilia urbe fuit dignus memoria. (Corn. Nep. /« Timoth., IV.) Le reste de la Grèce ne fournit pas de différence .

mérite ne soit grand ; mais il n’a rien de commun avec le génie de l’invention, qui manqua totalement aux Grecs. Ils furent incontestablement le dernier peuple instruit; et, comme l’a très^bien dit Clément d’Alexandrie, « la philosophie ne parvint aux Grecs qu’après h avoir fait le tour de l’univers1 * 3. >i Jamais ils n’ont sn que ce qu’ils tenaient de leurs devanciers; mais avec leur style , leur grâce et l’art de se faire valoir^ ils ont occupé nos oreilles, pour employer un latinisme fort à propos.

Le docteur Long a remarqué que l’astronomie ne doit rien aux académiciens et aux péripatéticiens*. C’est que ces deux sectes étaient exclusivement grecques, ou plutôt attiques; en sorte qu’elles ne s’étaient nullement approchées, des sources orientales, où l’on savait sans disputer sur rien, au lieu de disputer sans rien savoir, comme en Grèce.

La philosophie antique est directement opposée à celle des Grecs, qui n’était au fond qu’uue dispute éternelle. La Grèce était la patrie du syllogisme et de la déraison. On y passait le temps à produire de feux raisonnement, tout en montrant comment il fallait raisonner.

Le même Père grec que je viens de citer a dit encore avec beaucoup de vérité et de sagesse : « Le caractère « des premiers philosophes n’était pas d’ergoter ou de « douter, comme ces philosophes grecs qui ne cessent « d’argumenter et de disputer par une vanité vaine et « stérile; qui ne s’occupent enfin que d’inutiles fa- « daises’, »

C’est précisément ce que disait longtemps auparavant un philosophe indien : « Nous né ressemblons point du « tout aux philosophes grecs, qui débitent de grands « discours sur les petites choses; notre coutume, à

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