IV. Tout semble démontrer que les Anglais sont des
CONCLUSION
tinés à donner le branle au grand mouvement religieux qui se prépare et qui sera une époque sacrée dans les fastes du genre humain. Pour arriver les premiers à la lumière parmi tous ceux qui l’ont abjurée, ils ont deux avantages inappréciables et dont ils se doutent peu : c’est que, par la plus heureuse des contradictions, leur système religieux se trouve à la fois, et le plus évidemment faux, et le plus évidemment près de la vérité.
Pour savoir que la religion anglicane est fausse, il n’est besoin ni de recherches , ni d’argumentation. Elle est jugée par intuition; elle est fausse comme le soleil est lumineux : il suffit de regarder. La hiérarchie anglicane est isolée dans le christianisme : elle est donc nulle, 11 n’y a rien de sensé à répliquer à cette simple observation. Son épiscopat est également rejeté par l’Église catholique et par la protestante : mais s’il n’est ni catholique, ni protestant, qu’est-il donc? Rien. C’est un rétablissement civil et local, diamétralement opposé à l’universalité, signe exclusif de la vérité. Ou cette religion est fausse, ou Dieu s’est incarné pour les Anglais : entre ces deux propositions, il n’y a point de milieu. — Souvent leurs théologiens en appellent à 1 'établissement, sans s’apercevoir que ce mot seul annule leur religion, puisqu’il suppose la nouveauté et l’action humaine , deux grands anathèmes également visibles , décisifs et ineffaçables. D’autres théologiens de cette école et des prélats même, voulant échapper à ces anathèmes dont ils ont l’involontaire conviction , ont pris l’étrange parti de souteuir qu’ils n’étaient pas protestants ; sur quoi il faut leur dire encore : Qu’êtes-vous donc ? — Apostoliques , disent-ils '. Mais ce serait pour nous faire rire sans doute, si l’on pouvait rire de choses aussi sérieuses et d’hommes aussi estimables.
V. L’Église anglicane est d’ailleurs la seule association du monde qui se soit déclarée nulle et ridicule
' i. Svp., ÜY. IV, cb. v, |). 316.
dans l’acte même qui la constitue. Elle a proclamé solennellement dans cet acte trente-neuf articles, ni plus, ni moins, absolument nécessaires au salut, et qu’il faut jurer pour appartenir à cette Église. Mais l’un de ces articles (le XXVe) déclare solennellement que Dieu, en constituant son Église, n’a point laissé Y infaillibilité sur la terre; que toutes les Églises se sont trompées, à commencer par celle de Rome; qu’elles se sont trompées grossièrement, même sur le dogme, même sur la morale; en sorte qu’aucune d’elles ne possède le droit de prescrire la croyance, et que l’Écriture sainte est l’unique règle du chrétien. L’Eglise anglicane déclare donc à ses enfants qu’elle a bien le droit de leur commander, mais qu’ils ont le droit de ne pas lui obéir. Dans le môme moment, avec la môme plume, avec la môme encre, sur le môme papier, elle déclare le dogme et déclare qu’elle n’a pas le droit de le déclarer. J’espère que dans l’interminable catalogue des folies humaines, celle-là tiendra toujours une des premières places.
VI. Après cette déclaration solennelle de l’Église anglicane qui s’annule elle-môme, il manquait un témoignage de l’autorité civile qui ratifiât ce jugement; et ce témoignage, je le trouve dans les débats parlementaires de l’année 1805, au sujet de l’émancipation des catholiques. Dans une des séances bruyantes qui ne doivent servir qu’à préparer les esprits pour une époque plus reculée et plus heureuse, le procureur général de S. M. le roi de la Grande-Bretagne laissa échapper une phrase qui n’a pas été remarquée, ce me semble, mais qui n’en est pas moins une des choses les plus curieuses qui aient été prononcées en Europe depuis un siècle peutêtre.
Souvenez-vous , disait à la Chambre des communes ce magistrat important, revêtu du ministère public; souvenez-vous que c'est absolument la même chose pour l’Angleterre, de révoque)' les lois portées contre les catholiques ,
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ou d'avoir sur-le-champ un parlement catholique et une religion catholique , au lieu de l’établissement actuel *.
Le commentaire de cette inappréciable naïveté se présente de lui-méme. C’est comme si le procureur général avait dit en propres termes : Notre religion, comme vous le savez , n'est qu’un établissement purement civil, qui ne repose que sur la loi du pays et sur l’intérêt de chaque individu. Pourquoi sommes-nous anglicans ? Certes , ce n’est pas la persuasion qui nous détermine , c’est la crainte de perdre des biens , des honneurs et des privilèges. Le mot de foi n ayant donc point de sens dans notre langue, et la conscience anglaise étant catholique , nous lui obéirons du moment où il ne devra plus rien nous en coûter. En un clin d’œil nous serons tous catholiques1 * * * * * 7 .
VIL Mais si dans tout ce qu’il renferme de faux , il n’y a rien de si évidemment faux que le système anglican , en revanche , par combien de côtés ne se recommande-t-il pas à nous comme le plus voisin de la vérité ! Retenus par les mains de trois souverains terribles qui goûtaient peu les exagérations populaires, et retenus aussi, c’est un devoir de l’observer, par un bon sens supérieur, les Anglais purent, dans le seizième siècle, résister jusqu’à un point remarquable au torrent qui entraînait les autres nations, et conserver plusieurs éléments catholiques. De là cette physionomie ambiguë qui distingue l’Église anglicane, et que tant d’écrivains ont fait observer. « Elle n’est pas sans doute l’épouse
1. I think that no alternative can exist betu-een keeping the establishment
we hâve , and putting a roman catholic establishment in ils place. {Parliamentary dtbates, etc., vol. IV, London, 1805, p. 943. — Disc, du procureur général.)
î. J'oserais croire cependant que le savant magistrat s’exagérait le malheur futur. Tout le monde, dit-il, sera catholique. Eh bien ! dès que tout le monde
serait d’accord, où serait le mal? Trois jours auparavant (séance du 10 mai,
ibid., p. 761), un pair disait, en parlant sur la même question : « Jacques 11
« ne demandait pour les catholiques que l’égalité de privilèges; mais cette éga-
« lilé aurait amené la chute du protestantisme. » Et rounouoi? C’est toujours le même aveu. L’erreur, si elle n'est soutenue par des proscriptions, ne tiendra jamais contre la vérité.
« légitime; mais c’est la maîtresse d’un roi; et quoique « fille évidente de Calvin, elle n’a point la mine effron- « tée de ses sœurs. Levant la tête d’un air majestueux, « elle prononce assez distinctement les noms de Pères, « de Conciles , A! Eglise et de Chefs de l’Eglise ; sa main « porte la crosse avec aisance ; elle parle sérieusement « de sa noblesse; et, sous le masque d’une mitre isolée « et rebelle, elle a su conserver on ne sait quel reste de < grâce antique, vénérable débris d'une dignité qui « n’est plus »
Nobles Anglais! vous fûtes jadis les premiers ennemis de l’unité; c’est à vous aujourd’hui qu’est dévolu l’honneur de la ramener en Europe. L’erreur n’y lève la tôle que parce que nos deux langues sont ennemies : si elles viennent à s’allier sur le premier des objets, rien ne leur résistera. Il ne s’agit que de saisir l’heureuse occasion que la politique vous présente en ce moment. Un seul acte de justice, et le temps se chargera du reste.
VIII. Après trois siècles d’irritation et de dispute, que nous reprochez-vous encore et de quoi vous plaignezvous? Dites-vous toujours que nous avons innové, que nous avons inventé des dogmes et changé nos opinions humaines en symboles? Mais si vous ne voulez pas en croire nos docteurs, qui protestent et qui prouvent qu’ils n’enseignent que la foi des apôtres, croyez-en au