‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 286 sur 295 · Bossuet, Sermon sur l'Unité · texte numérisé non relu

Bossuet, Sermon sur l'Unité

catholiques ont paru quelquefois apostasier; car c’est une apostasie que de méconnaître les fondements du christianisme, de les ébranler môme en déclarant hautement la guerre au chef de cette religion, en l’accablant de dégoûts, d’amertumes, de chicanes honteuses, que des puissances protestantes se seraient peut-être interdites. Parmi ces princes, il en est qui seront inscrits un jour au rang des grands persécuteurs; ils n’ont pas fait couler le sang, il est vrai; mais la postérité demandera si les Dioclétien, les Galère et les Dèce, firent plus de mal au christianisme.

Il est temps d’abjurer des systèmes si coupables; il est temps de revenir au Père commun , de nous jeter franchement dans ses bras, et de faire tomber enfin ce mur d’airain que l’impiété, l’erreur, le préjugé et la malveillance avaient élevé entre nous et lui.

TI. Mais dans ce moment solennel où tout annonce que l’Europe touche à une révolution mémorable, dont celle que nous avons vue ne fut que le terrible et indispensable préliminaire, c’est aux protestants que doivent s’adresser avant tout nos fraternelles remontrances et nos ferventes supplications. Qu’attendent-ils encore, et que cherchent-ils? Ils ont parcouru le cercle entier de l’erreur. A force d’attaquer, de ronger, pour ainsi dire, la foi, ils ont détruit le christianisme chez eux, et grâce aux efforts de leur terrible science, qui n’a cessé de proteste?’, la moitié de l’Europe se trouve enfin sans religion. L’ère des passions a passé; nous pouvons nous parler sans nous haïr, môme sans nous échauffer; profitons de cette époque favorable; que les princes surtout s’aperçoivent que le pouvoir leur échappe , et que la monarchie européenne n’a pu être constituée et ne peut être conservée que par la religion une et unique; et que si cette alliée leur manque, il faut qu’ils tombent.

III. Tout ce qu’on a dit pour effrayer les puissances protestantes sur l’influence d’un pouvoir étranger est une chimère, un épouvantail élevé dans le seizième

CONCLUSION

siècle, et qui ne signifie plus rien dans le nôtre. Que les Anglais surtout réfléchissent profondément sur ce point; car le grand mouvement doit partir de chez eux : s’ils ne se hâtent pas de saisir la palme immortelle qui leur est offerte, un autre peuple la leur ravira. Les Anglais , dans leurs préjugés contre nous , ne se trompent que sur le temps; leur déraison n’est qu’un anachronisme. Ils lisent dans quelque livre catholique qu’on ne doit point obéir à un prince hérétique. Tout de suite ils s’effrayent et crient au papisme ; mais tout ce feu s’éteindrait bientôt s’ils daignaient lire la date du livre , qui remonte infailliblement à la déplorable époque des guerres de religion et des changements de souveraineté. Les Anglais eux-mêmes n’ont-ils pas déclaré en plein parlement que, si un roi d’Angleterre embrassait la religion catholique, il serait par le fait même privé de la couronne' ? Ils pensent donc que le crime de vouloir changer la religion du pays, ou d’en faire naître le soupçon légitime, justifie la révolte de la part des sujets, ou plutôt les autorise à détrôner le souverain sans devenir rebelles. Or, je serais curieux d’apprendre pourquoi et comment Élisabeth et Henri VIII avaient sur leurs sujets catholiques plus de droits que Georges III n’en aurait aujourd’hui sur ses sujets protestants ; et pourquoi les catholiques d’alors, forts de leurs privilèges naturels et d’une possession de seize siècles, n’étaient pas autorisés à regarder leurs tyi'ans comme déchus , par le fait même , de tout droit à la couronne? Pour moi, je ne dirai point qu’une nation en pareil cas a di'oit de résister à ses maîtres , de les juger et de les déposer, car il m’en coûterait infiniment de prononcer celte décision, dans toute supposition imaginable; mais on m’accordera sans doute que si quelque chose peut justifier la résistance, c’est un attentat sur la religion nationale. Pendant longtemps le titre de/acoâiïeannonça

1. Parliamfntary debales, vol. IV, London, i 8 05, in-S, p. 677.

un ennemi déclaré de la maison régnante. Celle-ci se défendait et levait la hache sur tout partisan de la famille dépossédée; c’est l’ordre politique. Mais à quel moment précis le jacobite commença-t-il d’étre réellement coupable? C’est une question terrible qu’il faut laisser au jugement de Dieu. Maintenant qu’il s’est expliqué par le temps , le catholique se présente au souverain de l’Angleterre, et lui dit : «Vous voyez nos « principes : notre fidélité n’a ni bornes, ni exceptions,

« ni conditions. Dieu nous a enseigné que la souverai- « neté est son ouvrage : il nous a prescrit de résister,

« au péril de notre vie , à la violence qui voudrait la « renverser; et si cette violence est heureuse, nulle « part il ne nous a révélé à quelle époque le succès « peut la rendre légitime. Se trop presser peut être un « crime; mourir pour ses anciens maîtres n’en est ja- « mais un. Tant qu’il y eut des Stuarts au monde , nous « combattions pour eux, et sous la hache de vos bour- « reaux, notre dernier soupir fut pour ces princes mal- « heureux : maintenant ils n’existent plus ; Dieu a parlé, « vous êtes souverains légitimes ; nous ne savons pas « depuis quand , mais vous l’êtes. Agréez celte même « fidélité religieuse, obstinée, inébranlable, que nous « jurâmes jadis à cette race infortunée qui précéda la « vôtre. Si jamais la rébellion vient à rugir autour de « vous, aucune crainte, aucune séduction ne pourra « nous détacher de votre cause. Eussiez-vous même à « notre égard les torts les plus excusables, nous la dé- « fendrons jusqu’à notre dernier soupir. On nous trouci vera autour de vos drapeaux , sur tous les champs de « bataille où l’on combattra pour vous; et si, pour « attester notre foi , il faut encore monter sur les écha- « fauds , vous nous y avez accoutumés ; nous les arro- « serons de notre sang, sans nous rappeler celui de « nos pères, que vous files couler pour ce même crime « de fidélité. »

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