LIVRE I, CHAPITRE IX
ainsi que sur celui des autorités catholiques, je dois me restreindre infiniment.
Commençons , comme il est de toute justice , par Luther, qui a laissé tomber de sa plume ces paroles mémorables :
« Je rends grâce à Jésus-Christ de ce qu’il conserve « sur la terre une Église unique par un grand miracle..., « en sorte que jamais elle ne s’est éloignée de la vraie « foi par aucun décret '. »
« Il faut à l’Église, dit Mélanchthon, des conducteurs « pour maintenir l’ordre, pour avoir l’œil sur ceux qui « sont appelés au ministère ecclésiastique et sur la doc- « trine des prêtres, et pour exercer les jugements ec- « clésiastiques, de sorte que, s’il n’y avait point de tels « évéques, il en faudrait faire. La monarchie du pape « servirait aussi beaucoup à conserver entre plusieurs « nations le consentement dans la doctrine \ »
Calvin leur succède : « Dieu, dit-il, a placé le trône « de sa religion au centre du monde, et il y a placé un « Pontife unique, vers lequel tous sont obligés de tour- « ner les yeux pour se maintenir plus fortement dans «l’unité1 2 3 4.»
Le docte, le sage, le vertueux Grotius, prononce sans détour que, « sans la primauté du Pape, il n’y aurait «plus moyen.de terminer les disputes et de fixer la « foi *. »
1. Luther, cité dans l'Hist. des Variations, liv. I, n" 21, etc.
2. Mélanchthon s'exprime d'une manière admirable lorsqu'il dit : La monarchie du Pape , etc. (Bossuet, Hist. des Variai., li». V, § 24.)
3. Cultus sui sedemin medio terne collocavit, illi cüch autistitbm pro*fecit quem omîtes respicerent , quo melius in u nitate continerentur. (Cale. Inst. VI, § II.) Je suis tout prêt à regarder, avec Calvin, Rome comme le cenlfe de la terre. Celle ville a bien, je crois, autant de droit que celle de Delphes de s’appeler umbilicus terræ.
4. Sine tali primatu exire a controversiis non potcrat, sirvt hodie apud protestantes, etc. (Grot., Volum pro pace Eccl., art. VII, Oper. tom. IV, Bâle, 1751, p. 65S.) Une dame protestante a commenté ce texte avec beaucoup d’esprit et de jugement* : • Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le fondeu ment du protestantisme. Les premiers réformateurs ne l'entendaient pas ainsi.
Casaubon n’a point fait difficulté d’avouer « qu’aux « yeux de tout homme instruit dans l’histoire ecclésias- « tique, le Pape était l’instrument dont Dieu s’est servi « pour conserver le dépôt de la foi dans toute son inlé- « grité pendant tant de siècles ®
Suivant la remarque de Puffendorf, « il n’est pas per- « mis de douter que le gouvernement de l’Église ne « soit monarchique et nécessairement monarchique, la « démocratie et l’aristocratie se trouvant exclues par la « nature même des choses, comme absolument incapa- « blés de maintenir l’ordre et l’unité au milieu de l’agite tation des esprits et de la fureur des partis2. »
11 ajoute avec une sagesse remarquable : « La sup- « pression de l’autorité du Pape a jeté dans le monde « des germes infinis de discorde; car n’y ayant plus o d’autorité souveraine pour terminer les disputes qui « s’élevaient de toutes parts, on a vu les protestants se « diviser entre eux, et de leurs propres mains déchirer « leurs entrailles 8. »
Ce qu’il dit des conciles n’est pas moins raisonnable : « Que le concile , dit-il, soit au-dessus du Pape, c’est une « proposition qui doit entraîner sans peine l’assenti- « ment de ceux qui s’en tiennent à la raison et à l’Écri- « ture4; mais que ceux qui regardent le siège de Rome «comme le centre de toutes les Églises, et le Pape « comme l’évêque œcuménique, adoptent aussi le même « sentiment , c’est ce qui ne doit pas sembler médioa'e- « ment absurde; car la proposition qui met le concile au-
• Ils croyaient pouvoir placer les colonnes d'IIercule de l’esprit bumain aux
• termes de leurs propres lumières ; mais ils avaient tort d’espérer qu'on se sou-
• mettrait à leurs propres décisions, comme iurailliblcs, eus qui rejetaient toute « autorité de ce genre dans la reiigiou catholique. • (De l’Allemagne, par mad. de Stac , IV. partie, cliap. il.)
1. Nemo perdus rerum Ecclesix ignorai Optra Hom. Pont, per mu/ta sæcu/a Devra esse usum in conscrvanda... jidei doc.trina. (Casaub., Exerc. XV, in Annal. Bar.)