‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 69 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV

ne disent rien de plus, que le Souverain Pontife parlant à l'Eglise librement et, comme dit V école, ex cathedra, ne s'est jamais t rompé et ne se trompera jamais sur la foi.

Par ce qui s’est passé jusqu’à présent, je ne vois pas qu’on ait réfuté cette proposition. Tout ce qu’on a dit contre les Papes pour établir qu’ils se sont trompés, ou n’a point de fondement solide, ou sort évidemment du cercle que je viens de tracer.

La critique qui s’est amusée à compter les fautes des Papes ne perd pas une minute dans l’histoire ecclésiastique, puisqu’elle remonte jusqu’à saint Pierre. C’est par lui qu’elle commence son catalogue; et quoique la faute du Prince des apôtres soit un fait parfaitement étranger à la question, elle n’est pas moins citée dans tous les livres de l 'opposition comme la première preuve de la faillivilité du Souverain Pontife. Je citerai sur cc point un écrivain, le dernier en date, si je ne me trompe, parmi les Français de l’ordre épiscopal qui ont écrit contre la grande prérogative du Saint-Siège J.

11 avait à repousser le témoignage solennel et embarrassant du clergé de France, déclarant en 1626 que l'infaillibilité est toujours demeurée ferme et inébranlable dans les successeurs de saint Pierre.

Pour se débarrasser de cette difficulté, voici comment le savant prélat s’y est pris : « L'indéfectibilité, dit-il, « ou l' infaillibilité qui est restée jusqu'à ce jour ferme et « inébranlable dans les successeurs de saint Pierre, n’est « pas sans doute d’une autre nature que celle qui fut « octroyée au chef des apôtres en vertu de la prière de « Jésus-Christ. Or, l’événement a prouvé que l’indéfec- <i tibilité ou l’infaillibilité de la foi ne le mettait pas à

1 . Par ce mot librement, j’entends que ni les tourmenls, Di I* persécution, ni la violence enfin, sous toutes les formes, n’aura pu priver le Souverain Pontife de la liberté d’esprit qui doit présider à ses décisions.

î. Défense des libertés de l’Eglise gallicane et de l’assemblée du clergé de trance, tenue en 1682. Paris, 1817, in-4, par feu M. Louis-Mathias de Rar> rtll, archevêque de Tours. Pages 327, 328 et 329.

« l’abri d’une chute; donc, etc. » Et plus bas il ajoute : « On exagère faussement les effets de l’intercession de « Jésus-Christ, qui fut le gage de la stabilité de la foi « de Pierre, sans néanmoins empêcher sa chute humi- « liante et prévenue. »

Ainsi, voilà des théologiens, des évôques même (je n’en cite qu’un, instar omnium), avançant ou supposant du moins, sans le moindre doute, que l’Église catholique était établie, et que saint Pierre était Souverain Pontife avant la mort du Sauveur.

Iis avaient cependant lu, tout comme nous, que là ou il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne, parce que le testament n'a lieu que par la mort, n ayant point de force tant que le testateur est encore en vie'.

Ils ne pouvaient se dispenser de savoir que l’Église naquit dans le cénacle, et qu’avant l'effusion du Saint- Esprit, il n’y avait point d’Église.

Ils avaient lu le grand oracle : Il vous est utile que je m'en aille; car si je ne m’en vais pas, le Consolateur ne viendra point à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. Lorsque cet Esprit de vérité sera venu, il rendra témoignage de moi, et vous me rendrez témoignage vousmêmes \

Avant cette mission solennelle, il n’y avait donc point d’Église, ni de Souverain Pontife, ni même d’apostolat proprement dit; tout était en germe, en puissance, en expectative, et dans cet état les hérauts mêmes de la vérité ne montraient encore qu’ignorance et que faiblesse.

Nicole a rappelé cette vérité dans son catéchisme raisonné : « Avant d’avoir reçu le Saint-Esprit, dit-il, le « jour de la Pentecôte, les apôtres paraissaient faibles « dans la foi, timides à l'égard des hommes, etc

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