LIVRE I, CHAPITRE XV
menter de ce silence et le regarder comme un commentaire coupable de ses lettres ; mais il ne cessa au contraire, tant qu’il vécut, de s’élever contre Sergius, de le menacer et de le condamner. Saint Maxime de C. P. est encore un illustre témoin sur ce fait intéressant. On doit rire, dit-il, ou pour mieux dire on doit pleurer à la vue de ces malheureux (Sergius et Pyrrhus), qui osent citer de prétendues décisions favorables à l’impie ecthèse, essayer de placer dans leurs rangs le grand Honorius , et se parer aux yeux du monde de 1‘ autorité d'un homme éminent dans la cause de la religion... Qui donc a pu inspirer tant d audace à ces faussaires ? Quel homme pieux et orthodoxe, quel évêque, quelle Eglise ne les a pas conjurés d abandonner l'hérésie; mais surtout que n’a pas fait le divin Honorius 1 2 !
Voilà, il faut l’avouer, un singulier hérétique 1
Et le pape saint Martin, mort en 655, dit encore dans sa lettre à Arnaud d’Utrecht : Le Saint-Siège n'a cessé de les exhorter (Sergius et Pyrrhus), de les avertir, de les reprendre, de les menacer , pour les ramener à la vérité qu'ils avaient trahie
Or, la chronologie prouve qu’il ne peut s’agir ici que d’Honorius, puisque Sergius ne lui survécut que deux mois, et qu’après la mort d’Honorius le siège pontifical vaqua pendant dix-neuf mois.
Avant d’écrire au Pape, Sergius écrivait à Cyrus d’Alexandrie « que, pour le bien de la paix, il paraissait « utile de garder le silence sur les deux volontés, à
1. Qu, -b hos (monothelitas) non rogavit Ecclesia, etc.; quid autem et ditisdj Honorius? (S. Max. Mari. Épist. ad Petrmn illustrent, apud Sirm., ubi supra, p. 489.) On a besoin d'une grande attention pour lire cette lettre, dont nous n'avons qu'une traduction latine faite par un Grec qui ne savait pas Iç latin. Nonseulement la phrase latine est extrêmement embarrassée, mais le traducteur se permet de plus de fabriquer des mots pour se mettre à l’aise, eomrae dans cette phrase, par exemple : Nrc adrersus aposlolicam sedem mentiri pigritati sunl, où le verbe pigritati est évidemment employé pour rendre celui d'àtviîv, dont l’équivalent latin ne se présentait point à l’esprit du traducteur. Il ignorait probablement pigror, qui est cependant latin. Pigritor, au reste, ou pigrito, est demeuré dans la basse latinité. [Üe liait. Christi, lib. I, cap. xxv, n° 8.)
2. Joli. [Jom. Mansi suc «met/, not'. et ampliss. Collcctio. Florenlia, 1764, il) fol., t, X, p. 1186.
« cause du danger alternatif d’ébranlef le dogme des « deux natures, en supposant une seule volonté, ou « d’élablir deux volontés opposées en Jésus-Christ, si « l’on professait deux volontés »
Mais où serait la contradiction, s’il ne s'agissait pas d’une double volonté humaine? 11 paraît donc évident que la question ne s’était engagée d’abord que sur la volonté humaine, et qu’il ne s’agissait que de savoir si le Sauveur, en se revêtant de notre nature, s’était soumis à cette double loi, qui est la peine du crime primitif et le tourment de notre vie.
Pans ces matières si élevées et si subtiles, les idées se touchent et se confondent aisément si l’on n’est pas sur ses gardes. Demande-t-on, par exemple, sans aucune explication, s’il y a deux volontés en Jésus-Christ? J1 est clair que le catholique peut répondre oui ou non, sans cesser d’être orthodoxe. Oui, si l’on envisage les deux natures unies sans confusion; non, si l’on n’envisage que la nature humaine, exempte, par son auguste association, de la double loi qui nous dégrade : non, s’il s’agit uniquement d’exclure la double volonté humaine; oui, si l’on veut confesser la double nature de l’Homme-Dieu.
Ainsi, ce mot de monothélisme en lui-môme n’exprime point une hérésie; ii faut s’expliquer et montrer quel est le sujet du mot : s’il se rapporte à l’humanité du Sauveur, il est légitime; s’il se dirige sur la personne théandrique, il devient hétérodoxe.
En réfléchissant sur les paroles de Sergius, telles qu’on vient de les lire, on se sent porté à croire que, semblable en cela à tous les hérétiques, il ne partait pas d’un point fixe, et qu’il ne voyait pas clair dans se3 propres idées, que la chaleur de la dispute rendit depuis plus nettes et plus déterminées.
I. Ce sont les propres paroles de Sergius, dans sa lettre à Honorius (Apvd Petrum Iiallerinum de ti ac ratione primatus summorum Ponlificwn, etc, Yeronæ, 1766, iu-l,cap. *v, u" 35, p. 305.)