‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 73 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV

le pape Honorius en paroles ambiguës. Le Pape, qui n’aperçut pas le piège, crut qu’il s’agissait de deux volontés humaines, c'est-à-dire de la double loi qui afflige notre malheureuse nature, et qui certainement était parfaitement étrangère au Sauveur. Honorius, d’ailleurs, outrant peut-être les maximes générales du Saint- Siège, qui redoute par-dessus tout les nouvelles questions et les décisions précipitées, désirait qu’on ne parlât point de deux volontés, et il écrivit dans ce sens à Sergius, en quoi il put se donner un de ces torts qu’on .pourrait appeler administratifs ; car, s’il manqua dans eette occasion, il ne manqua qu’aux lois du gouvernement et de la prudence. Il calcula mal si l’on veut, il ne vit pas les suites funestes des moyens économiques qu’il crut pouvoir employer; mais dans tout cela on ne voit aucune dérogation au dogme, aucune erreur théologique. Qu’Honorius ait entendu la question dans le sens opposé, c’est ce qui est démontré d’abord par le témoignage exprès et irrécusable de l’homme môme dont il avait employé la plume pour écrire sa lettre à Sergius; je veux parler de l’abbé Jean Sympon, lequel, trois ans seulement après la mort d’Honorius, écrivait à l’empereur Constantin, fils d’Héraclius : « Quand nous « parlâmes d’une seule volonté dans le Seigneur, nous « n’avioris point en vue sa double nature , mais son hu- « manité seule. Sergius, en effet, ayant soutenu qu’il y «avait en Jésus-Christ deux volontés contraires, nous « dîmes qu’on ne pouvait reconnaître en lui ces deux « volontés, sa^ir celle de la chair et celle de l’esprit , « comme nous les avons nous-mêmes depuis le péché '.»> Et qu’y a-t-il de plus décisif que ces mots d’Honorius Iui-môme cités par saint Maxime : « 11 n’y a qu’une vo- « lonté en Jésus-Christ, puisque sam doute la divinité « s’était revêtue de notre nature, mais non de notre pé-

t. Voy. Car. Sardagna Theoloy. dog. paiera., in-8 , 1810. T. I, Cobtrov. IX, in Append.dt Honorio, n® 305, j>. 293.

« ché, et qu’ainsi toutes les pensées chamelles lui étaient « demeurées étrangères »

Si les lettres d’Honorius avaient réellement contenu le venin de monothélisme, comment imaginer que Sergius, qui avait pris son parti, ne se fût pas hâté de donner à ses écrits toute la publicité imaginable? Cependant c’est ce qu’il ne fit point. Il cacha au contraire les lettres (ou la lettre) d’Honorius pendant la vie de ce Pontife, qui vécut encore deux ans, ce qu’il faut bien remarquer. Mais d’abord après la mort d’Honorius, arrivée en 638, le patriarche de C. P. ne se gêna plus, et publia son exposition ou ecthèse, si fameuse dans l’histoire ecclésiastique de cette époque. Toutefois, ce qui est encore très-remarquable, il ne cita point les lettres d’Honorius. Pendant les quarante-deux ans qui suivirent la mort de ce Pontife, jamais les monothélites ne parlèrent de la seconde de ces lettres : c’est qu'elle n était pas faite. Pyrrhus même, dans la fameuse dispute avec saint Maxime, n’ose pas soutenir qu ’Honorius eût imposé le silence sur une ou deux opérations. Il se borne à dire vaguement que ce Pape avait approuvé le sentiment de Sergius sur une volonté unique. L’empereur Héraclius se disculpant, l’an 641, auprès du pape Jean IV, de la part qu’il avait prise à l’affaire du monothélisme, garde encore le silence sur ces lettres, ainsi que l’empereur Constant H, dans son apologie adressée en 619 au pape Martin, au sujet du type , autre folie impériale de cette époque. Or, comment imaginer encore que ces discussions, et tant d’autres du même genre, n’eussent amgné aucun appel public aux décisions d’Honorius, si on les avait regardées alors comme infectées de l’hérésie monothélique !

Ajoutons que si ce pontife avait gardé le silence après que Sergius se fut déclaré, on pourrait sans doute argu-

!. Quia profecto a divinilate assvmpta est notant nostra , non culpa... absque camatibus voluntaiibus. Extrait de la lettre de saint Maxime, ad Marinam presbylerum. (Vojr. Jac. Sirmondi, Soc. Jesu presb. Opéra r aria, iu-fol. ex typogr. regia, t. III, Pari», 1696, p. 481.)

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