‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 76 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV

foi catholique avait toujours subsisté sans tache, et que la pure doctrine avait été invariablement enseignée sur le siège apostolique 1.

Depuis l’affaire d’Honorius, et dans toutes les occasions possibles, dont celle que je viens de citer est une des plus remarquables, jamais les Papes n’ont cessé de s’attribuer cette louange et de la recevoir des autres.

Après cela, j’avoue ne plus rien comprendre à la condamnation d’Honorius. Si quelques Papes ses successeurs, Léon II, par exemple, ont paru ne pas s’élever contre les hellénismes de Constantinople, il faut louer leur bonne foi, leur modestie, leur prudence surtout; mais tout ce qu’ils ont pu dire dans ce sens n’a rien de dogmatique, et les faits demeurent ce qu’ils sont.

Tout bien considéré , la justification d’Honorius m’embarrasse bien moins qu’une autre; mais je neveux point soulever la poussière, et m’exposer au risque de cacher les chemins.

Si les Papes avaient souvent donné prise sur eux par des décisions seulement hasardées, je ne serais point étonné d’entendre traiter le pour et le contre de la question, et même j’approuverais beaucoup que, dans le doute, nous prissions parti pour la négative, car les arguments douteux ne sont pas faits pour nous. Mais les Papes , au contraire , n’ayant cessé pendant dix-huit siècles de prononcer sur toutes sortes de questions avec une prudence et. une justesse vraiment miraculeuses, en ce que leurs décisions se sont invariablement montrées indépendantes du caractère moral et des passions de l’oracle qui est un homme, un petit nombre de faits équivoques ne sauraient plus être admis contre les Papes sans violer toutes les lois de la probabilité, qui sont cependant les reines du monde.

< . Hxc qux dicta sunt rerum probantur effectibus, quia in sede aposlolica est te ni per calholica sercata Heligio et sancte celebrata doctrina. (Act. I, Svn.) Vid. Nat. Aleiandri Disserlatio rie Photiano ichismate, et VIII Syn. C. f, ifi Themuro lheologico. Venetiia, 1 762, in-4, t. H, § XIII, p. 857,

I)U PAl’E.

Lorsqu’une certaine puissance, de quelque ordre qu’elle soit, a toujours agi d’une manière donnée, s’il se présente un très-petit nombre de cas où elle aurait paru déroger à sa loi, on ne doit point admettre d’anomalies avant d’avoir essayé de plier ces phénomènes à la règle générale; et, quand il n’y aurait pas moyen d'éclaircir parfaitement le problème, il n’en faudrait jamais conclure que notre ignorance.

C’est donc un rôle bien indigne d’un catholique, homme du monde môme, que celui d’écrire contre ce magnifique privilège de la chaire de Saint-Pierre. Quant au prêtre qui se permet un tel abus de l’esprit et de l’érudition, il est aveugle, et môme, si je ne me trompe infiniment, il déroge à son caractère. Celui-là môme, sans distinction d’état, qui balancerait sur la théorie, devrait toujours reconnaître la vérité du fait, et convenir que le Souverain Pontife ne s’est jamais trompé ; il devrait, au moins, pencher de cœur vers cette croyance, au lieu de s’abaisser jusqu’aux ergoteries de collège pour l’ébranler. On dirait, en lisant certains écrivains de ce genre, qu’ils défendent un droit personnel contre un usurpateur étranger, tandis qu’il s’agit d’un privilège également plausible et favorable, inestimable don fait à la famille universelle autant qu’au père commun.

En traitant l’aifaire d’Honorius, je n’ai pas touché du tout à la grande question de la falsification des actes du sixième concile, que des auteurs respectables ont cependant regardée comme prouvée. Après avoir dit assez pour satisfaire tout esprit droit et équitable, je ne suis point obligé de dire tout ce qui peut être dit; j’ajouterai seulement T sur les écritures anciennes et modernes , quelques réflexions que je ne crois pas absolument inutiles.

Parmi les mystères de la parole, si nombreux et si profonds, on peut distinguer celui d’une correspondance inexplicable entre chaque langue et les caractères destinés à les représenter par l’écriture. Cette analogie est

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