‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 86 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIII

ne s’écrient : « Mais si rien n’arrête le Pape, où s'arrête tera-t-il? L’histoire nous montre comment il peut « user de ce pouvoir; quelle garantie nous donne-t-on « que les mêmes événements ne se produiront pas? »

A cette objection, qui sera sûrement faite, je réponds d’abord, en général, que les exemples tirés de l’histoire contre les Papes ne peuvent rien et ne doivent inspirer aucune crainte pour l’avenir, parce qu’ils appartiennent à un autre ordre de choses que celui dont nous sommes les témoins. La puissance des Papes fut excessive par rapport à nous, lorsqu’il était nécessaire qu’elle fût telle, et que rien dans le monde ne pouvait la suppléer. C’est ce que j’espère prouver, dans la suite de cet ouvrage, d’une manière qui satisfera tout juge impartial.

Divisant ensuite par la pensée ces hommes qui redoutent de bonne foi les entreprises des Papes, les divisant, dis-je, en deux classes, celle des catholiques et celle des autres, je dis d’abord aux premiers : « Par quel « aveuglement, par quelle défiance ignorante et coupa- « ble, regardez-vous l’Église comme un édifice humain « dont on puisse dire : Qui le soutiendra ? et son chef, « comme un homme ordinaire dont on puisse dire : « Qui le gardei'a? » C’est une distraction assez commune et cependant inexcusable. Jamais une prétention désordonnée ne pourra séjourner sur le Saint-Siège; jamais l’injustice et l’erreur ne pourront y prendre racine et tromper la foi au profit de l’ambition.

Quant aux hommes qui , par naissance ou par système, se trouvent hors du cercle catholique, s’ils m’adressent la même question : Qu est-ce qui arrêtera le Pape ? je leur répondrai : Tout; les canons, les lois, les coutumes des nations, les souverainetés, les grands tribunaux, les assemblées nationales, la prescription, les représentations, les négociations, le devoir, la crainte, la prudence, et, par-dessus tout, l’opinion, reine du monde.

Ainsi, qu’on ne me fasse point dire queye veux donc

faire du Pape un monarque universel. Certes, je. ne veux rien de pareil, quoique je m’attende bien à ce’ donc, argument si commode au défaut d’autres. Mais comme les fautes épouvantables commises par certains princes contre la religion et contre son chef ne m’empêchent nullement de respecter autant que je le dois là monarchie temporelle, les fautes possibles d’un Pape contre cette même souveraineté ne n’empêcheraient point de le reconnaître pour ce qu’il est. Tous les pouvoirs de l’univers se limitent mutuellement par une résistance réciproque : Dieu n’a pas voulu établir une plus grande perfection sur la terre, quoiqu’il ait mis d’un côté assez de caractères pour faire reconnaître sa main. Il n’y a pas dans le monde un seul pouvoir en état de supporter les suppositions possibles et arbitraires ; et si on les juge par ce qu’ils peuvent faire (sans parler de ce qu’ils ont fait), il faut les abolir tous.

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