‹ Du Pape (volume 2)Chapitre 85 sur 295 · LIVRE I, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVIII

dépend des circonstances particulières, des localités, des privilèges, etc. Mais il est de notoriété que sur l’uu et sur l’autre point, le Saint-Siège a toujours fait preuve de la plus grande condescendance envers toutes les Églises; souvent même, et presque toujours, il est allé au-devant de leurs besoins et de leurs désirs. Quel intérôt pourrait avoir le Pape de chagriner inutilement les nations réunies dans sa communion?

11 y a d’ailleurs, dans le génie occidental, je ne sais quelle raison exquise, je ne sais quel tact délicat et sûr, qui va toujours chercher l’essence des choses et néglige tout le reste. Cela se voit surtout dans les formes religieuses ouïes rites, au sujet desquels l’Église romaine a toujours montré toute la condescendance imaginable. Il a plu à Dieu, par exemple, d’attacher l’œuvre de la régénération humaine au signe sensible de l’eau, par des raisons nullement arbitraires, très-profondes au contraire, et très-dignes d’ôtre recherchées. Nous professons ce dogme, comme tous les chrétiens, mais nous considérons qu’il y a de Veau dans une burette comme il y en a dans la mer Pacifique, et que tout se réduit au contact mutuel de l’eau et de l’homme, accompagné de certaines paroles sacramentelles. D’autres chrétiens prétendent que pour cette liturgie on ne saurait se passer au moins A' un bassin ; que si l'homme entre dans l'eau, il est certainement baptisé ; mais que si l’eau tombe sur l'homme , le succès devient très-douteux . Sur cela on peut leur dire ce que ce prêtre égyptien leur disait déjà il y a plus de vingt siècles: Vous n’êtcs que des enfants ! Du reste, ils sont bien les maîtres : personne ne les trouble. S’ils voulaient môme une rivière, comme les baptisles anglais, on les laisserait faire.

L’un des principaux mystères de la religion chrétienne a pour matière essentielle 1 epain. Or, une oublie est du pain, comme le plus énorme pain que les hommes aient jamais soumis à la cuisson : nous avons donc adopté V oublie. D’autres nations chrétiennes croient-

elles qu’il n’y a pas d’autre pain proprement dit que celui que nous mangeons à table, ni de véritable manducation sans mastication ? Nous respectons beaucoup cette logique orientale; et, bien sûrs que ceux qui l’emploient aujourd’hui feront volontiers comme nous dès qu’ils seront aussi sûrs que nous, il ne nous vient pas seulement dans l’esprit de les troubler, contents de retenir pour nous l’azyme léger qui a pour lui l’analogie de la pâque antique, celle de la première pâque chrétienne, et la convenance, plus forte peut-être qu’on ne pense, de consacrer'un pain particulier à la célébration d’un tel mystère.

Les mêmes amateurs de l’immersion et du levain viennent-ils, par une fausse interprétation de l’Écriture et par une ignorance visible de la nature humaine, nous soutenir que la profanation du mariage en dissout le lien ; c’est dans le fait une exhortation formelle au crime : n’importe, nous n’avons pas voulu pour cela chicaner des frères qui s’obstinent; et, dans l’occasion la plus solennelle, nous leur avons dit simplement : Nous vous passerons sous silence ; mais au nom de la raison et de la paix , ne dites pas que nous ny entendons rien 1 .

Après ces exemples et tant d’autres que je pourrais citer, quelle nation, en vertu de la suprématie romaine, pourrait craindre pour sa discipline et pour ses privilèges particuliers? Jamais le Pape ne refusera d’entendre tout le monde, ni surtout de satisfaire les princes en tout ce qui sera chrétiennement possible. Il n’y a point de pédanterie à Rome ; et s’il y avait quelque chose à craindre sur l’article de la complaisance, je serais porté à craindre l’excès plus que le défaut.

Malgré ces assurances tirées des considérations les plus décisives, je ne doute pas que le préjugé ne s’obstine ; je ne doute pas même que de très-bons esprits

1 Si guis dixerit Ecclesiam errare quum docuit et docet. (Concil. Trident. Sets. XXIV, De Malrim., can. VU.)

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