‹ Du pape (volume 3)Chapitre 105 sur 208 · LIVRB II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRB II, CHAPITRE VII

pour la succession entre Philippe, duc de Souabe, et Othon, fils de lletiri-Léon, duc de Saxe et de Bavière. Celui-ci descendait de la maison des princes d'Esté Guelfes , et Philippe , de princes Gibelins (i). La rivalité de ces deux princes donna naissance aux deux factions trop fameuses qui désolèrent Tltalie pendant si longtemps; mais rien n'est plus étranger aux Papes et au sacerdoce. La guerre civile une fois allumée , il fallait bien prendre parti et se battre. Par leur caractère si respecté et par l'immense autorité dont ils jouissaient, les Papes se trouvèrent naturellement placés à la tête du noble parti des convenances , de la Justice et de Tindépendance nationale. L'imagination s'accoutuma donc à ne voir que le Pape au lieu de l'Italie; mais, dans le fond, il s'agissait d'elle, et nullement de la religion, ce qu'on ne saurait trop, ni même assez répéter.

Le venin de ces deux factions avait pénétré si avant dans les cœurs italiens, qu'en se divisant, il finit par laisser échapper son acception primordiale, et que ces mots de Guelfes et de Gibelins ne signifièrent plus que des gens qui se haïssaient. Pendant cette fièvre épouvantable , le clergé fit ce qu'il fera toujours. Il n'oublia rien de ce qui était en son pouvoir pour rétablir la paix , et plus d'une fois on vit des évêques ,

(1) Muratori, Ânlich. ilal. in-4o. Monaco, 4766, tom. IIÏ, disserl. Ll, p. Ui.

II e8t remarquable que quoique ces deux factions fussent nées en Allemagne et venues depuis en Italie , pour ainsi dire toutes faites, cependant les princes Guelfes , avant de régner sur la Bavière et sur la Saxe, étaient italiens ; en sorte que la faction de ce nom , en arrivant en Italie, sembla remonter à sa source.

Trassero quesfe due diahoHche fazioni ta loro origine dalla Germania, etc. (Murât, ibid.)

âOe DU PAPE.

accompagnés de leur clergé, se jeter, avec les croix et les reliques des saints, entre deux armées prêtes à se charger, et les conjurer, au nom de la religion , d'éviter Teffusion du sang humain. Ils firent beaucoup de bien sans pouvoir étouffer le mal (1).

« Il n'y a point de Pape, c'est encore Faveu exprès « d'un censeur sévère du Saint-Siège, il n'y a point « de Pape qui ne doive craindre en Italie l'agrandlsc( sèment des empereurs. Les anciennes prétentions... « seront bonnes le jour où on les fera valoir avec avance tage (2). »

Donc, il n'y a point de Pape qui ne dût s'y opposer. Où est la charte qui avait donné l'Italie aux empereurs allemands? Où a-t-on pris que le Pa^pe ne doive point agir comme prince temporel ; qu'il doive être purement passif, se laisser battre, dépouiller, etc.? Jamais on ne prouvera cela.

A l'époque de Rodolphe (en 127&'), aies anciens « droits de l'empire étaient perdus... et la nouvelle « maison ne pouvait les revendiquer sans injustice...; « rien n'est plus incohérent que de vouloir, pour « soutenir les prétentions de l'empire, raisonner d'àa près ce qu'il était sous Charlemagne (3). »

Donc les Papes, comme chefs naturels de l'association italienne , et protecteurs nés des peuples qui la composaient, avaient toutes les raisons imaginables de s'opposer de toutes leurs forces à la renaissance en Italie de ce pouvoir nominal, qui, malgré les titres

(1) Muratori, ibid. p. 1l9.~-LeUresfiur l'histoire, tom. III, liv. LXIII, p. 230.

(2) Lettres sur l'hisl., om. III, lett. LXll, p. 230.

Autres aveux du même auteur, tom. II , lett. XLIII , p. 437 ; et Icll. XXXIV, p. 54C.

!3) Lettres sur Thisl. tom. Il, lettre XXXIV, p. 546.

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affichés à la tête de ses édits , n'était cependant ni saint f ni empire , ni romain.

Le sac de Milan , Tun des événements les plus horribles de l'histoire, suffirait seul, au jugement de Voltaire, pour justifier tout ce que firent les Papes (1).

Que dirons-nous d'Othon II et de son fameux repas de Tan 981? Il invite une grande quantité de seigneurs à un repas magnifique, pendant lequel un officier de l'empereur entre avec une liste de ceux que son maître a proscrits. On les conduit dans une chambre voisine, où ils sont égorgés. Tels étaient les princes à qui les Papes eurent affaire.

Et lorsque Frédéric, avec la plus abominable inhumanité, faisait pendre de sang-froid des parents du Pape, faits prisonniers dans une ville conquise (2), 11 était permis apparemment de faire quelques efforts pour se soustraire à ce droit public.

Le plus grand malheur pour l'homme politique , c'est d'obéir à une puissance étrangère. Aucune humiliation, aucun tourment de cœur ne peut être comparé à celui-là. La nation sujette , à moins qu'elle ne soit protégée par quelque loi extraordinaire, ne croit point obéir au souverain , mais à la nation de ce souverain; or, nulle nation ne veut obéir à une autre, par la raison toute simple qu'aucune nation ne sait

(1/ C'était bien justifier les Papes que d'en user ainsi. (Volt., Essai •ur l'hist. gén., tom. II, cli. LXI, p. 156.)

(2) En 1341. Maimbourg est bon à entendre sur ces gentiUcsies. ( Art. ann. 1250.) « Les bonnes qualités de Frédéric furent obscurcies « par plusieurs autres très-mauvaises, cl surtout par son immoralité , (c par son désir insatiable de vengeance, et par sa cruauté, qui lui fi- « rent commettre de grands crimes, que Dieu néanmoins, à ce qu'on « peut^croire, lui fU la grâce d'efTacer dans sa dernière maladie.» Amek.

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commander à une autre. Observez les peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux, vous les verrez perdre absolument cette sagesse et ne ressembler plus à eux-mêmes lorsqu'il s'agira d'en gouverner d'autres. La rage de la domination étant innée dans l'homme, la rage de la faire sentir n'est peut-être pas moins naturelle; l'étranger qui vient commander chez une nation sujette au nom d'une souveraineté lointaine , au lieu de s'informer des idées nationales pour s'y conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour les contrarier; il se croit plus maître à me-^ sure qu'il appuie plus rudement la main. Il prend la morgue pour la dignité, et semble croire cette dignité mieux attestée par l'indignation qu'il excite que par les bénédictions qu'il pourrait obtenir.

Aussi, tous les peuples sont convenus de placer au premier rang des grands hommes ces fortunés citoyens qui eurent Thonneur d'arracher leur pays au joug étranger; héros s'ils ont réussi, ou martyrs s'ils ont échoué , leurs noms traverseront les siècles. F^ stupidité moderne voudrait seulement excepter les Papes de cette apothéose universelle , et les priver de l'immortelle gloire qui leur est due comme princes temporels , pour avoir travaillé sans relâche à l'affranchissement de leur patrie. Que certains écrivains français refusent de rendre justice à saint Grégoire VII, cela se conçoit. Ayant sur les yeux des préjugés protestants, philosophiques, jansénistes et parlementaires, que peuvent-ils voir à travers ce quadruple bandeau? Le despotisme parlementaire pourra même s'élever jusqu'à défendre à la liturgie nationale d'attacher une certaine célébrité à la fête de saint Gré*goire; et le sacerdoce, pour éviter des chocs dange-

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