‹ Du pape (volume 3)Chapitre 104 sur 208 · LIVRE II, QIAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE II, QIAPITRE Vil

H II n'y avait point de lois en Europe (1). On n'y rea connaissait ni droit de naissance, ni droit d'élection; <( l'Europe était un chaos dans lequel le plus fort s'é- <c levait sur les ruines du plus faible, pour être en- <( suite précipité par d'autres. Toute l'histoire de ces « temps n'est que celle de quelques capitaines bara bares qui disputaient avec des évéques la dominac< tion sur des serfs imbéciles (2).

« Il n'y avait réellement plus d'empire, ni de droit, c( ni de fait. Les Romains, qui s'étaient donnée à Char^ a iemagne par acclamation, ne voulurent plus recon- « naître des bâtards, des étrangers à peine maîtres c( d'une partie de la Germanie. C'était un singulier « empire romain (3). Le corps germanique s'appelait a le êaint empire romain, tandis que réellement il n'éc( tait NI SAINT, NI EMPIRE, NI ROMAIN (k). Il parait « évident que le grand dessein de Frédéric II était « d'établir en Italie le trône des nouveaux Césars, et a il est bien sûr, au moins, qu'il voulait régner sur ri- « talie sans borne et sans partage. C'est le nœud secret « de toutes les querelles qu'il eut avec les Papes; il <c employa tour à tour la souplesse et la violence , et « lé Saint-Siège le combattit avec les mêmes ar- « mes (5). Les Guelfes, ces partisans de la papauté, c< ET ENCORE PLUS DE, LA LIBERTÉ, balancèrent touc( jours le pouvoir des Gibelins , partisans de l'em-

(4 j Volt., Essai sur Tbist. gén. tom. Il, ch. XXIV.

(2) Ibid. lom. I, ch. XXXII, p. 508, 509, 5<0.

(3) Ibid. lom. II, ch. LXVI, p. 267.

(h) Ibid.

(5) C'est-à-dire avec l'épée et la politique. Je voudrais bien savoir quelles armes nouvelles on a inventées dès lors« et ce que devaient faire les Papes à Pépoque dont nous parlons? (Volt., lom. LU, ch. Il, p. 98.)

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« pire. Les divisions entre Frédéric et le Saint-Siège c( n'eurent jamais la religion pour objet (1). »

De quel front le môme écrivain , oubliant ces aveux solennels, s'avise-t-il de nous dire ailleui*s : a Depuis « Charlemagne jusqu'à nos jours, la guerre de l'em- « pire et du sacerdoce fut le principe de toutes les <( révolutions ; c'est là le fil qui conduit dans ce laby- « rinthe de rhistoire moderne (2). »

En quoi , d'abord , Thistoire moderne est-elle un labyrinthe plutôt que l'histoire ancienne?

J'avoue, pour mon compte, y voir plus clair, par exemple, dans la dynastie des Capets que dans celle des Pharaons; mais passons sur cette fausse expression , bien moins fausse que le fond des choses. Voltaire convenant formellement que la lutte sanglante des deux partis en Italie était absolument étrangère à la religion, que veut-il dire avec son fil? Il est faux qu'il y ait eu une guerre proprement dite entre Tempire et le sacerdoce. On ne cesse de le répéter pour rendre le sacerdoce responsable de tout le sang versé pendant cette grande lutte; mais, dans le vrai, ce fut une guerre entre TAllemagne et 1 Italie, entre l'usurpation et la liberté , entre le mattre qui apporte des chaînes et l'esclave qui les repousse, guerre dans laquelle les Papes firent leur devx>ir de princes italiens et de politiques sages en prenant parti pour l'Italie , puisqu'ils ne pouvaient ni favoriser les empereurs sans se déshonorer, ni essayer même la neutralité sans se perdre.

Henri VI , roi de Sicile et empereur, étant mort à Messine, en 1197, la guerre s'alluma en Allemagne

(1) Volt., Essai sur l'hist. gén., tom. Il, ch. LU, p. 98.

(2) Ibid. lom. IV, ch. CXCV, p. 509.

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