CHAPITRE VIII
Sur la nature du pouvoir exercé par les Papei.
Tout ce qu'on peut dire contre Tautorité temporelle des Papes, et contre Tusage qu'ils en ont fait, se trouve réuni et pour ainsi dire concentré dans ces deux lignes violentes tombées de la plume d'un magistrat français :
« Le délire de la toute-puissance temporelle des « Papes inonda TËurope de sang et de fanatisme (1). »
(1) On célébrak eu France l'office de Grégoire VII ^ commun des confeueurif Téglise gallicane ( si libre , comme on sait ) n'ayant point osé lui décerner un orfice -propre , de peur de se brouiller avec les parlements qui avaient condamné la mémoire de ce Pape par arrêts du 90 juillet 47iie, et du 33 février 1730. ( Zacearia, Ànli'Fêbroniu$ vindicatuSt (om. I. dissert. II, cap. Y, p. 387, noi. 13.)
Observez que ces mêmes magistrats qui condamnent la mémoire . d'un Pape déclaré saint, te plaindront fort bien de kk mohstrusosb confusion que tel ou tel Pape a faite de l'usage des deux puissances. ( Lett. sur l'hisi., lom. III, leii. LXII, pag. 221.)
(4) Lotlres but rhiiloire, lom. Il, lett. XXVIil, p. âiî ; ibid. lelt.
Or, avec sa permission , il n'est pas vrai que les Papes aient jamais prétendu la toute-puissance temporelle; il n*est pas vrai que la puissance qu'ils ont recherchée fût un délire; et il n*est pas vrai que cette prétention ait , pendant près de quatre siècles , inondé r Europe de sang et de fanatisme.
D'abord, si Ton retranche de la prétention attribuée aux Papes la possession matérielle des terres et la souveraineté sur ces mêmes pays, ce qui reste ne peut pas certainement se nommer toute-puissance temporelle. Or, c'est précisément le cas où Ton se trouve; car jamais les Souverains Pontifes n'ont prétendu accroître leurs domaines temporels au préjudice des princes légitimes, ni gêner Texercice de la souveraineté chez ces princes, ni moins encore s'en emparer. Ils n'ont jamais prétendu que le droit de juger lesprinces qui leur étaient soumis dans C ordre spirituel, lorsque ces princes s'étaient rendus coupables de certains crimes.
Ceci est bien différent; et non-seulement ce droit, s'il existe, ne saurait s'appeler toute-puissance temporelle, mais il s'appellerait beaucoup plus exactement toute-puissance spirituelle , puisque les Papes ne se sont jamais rien attribué qu'en vertu de la puissance spirituelle , et que la question se réduit absolument à la légitimité et à l'étendue de cette puissance.
Que si l'exercice de ce pouvoir, reconnu légitime, amène des conséquences temporelles, les Papes ne sauraient en répondre, puisque les conséquences d'un principe vrai ne peuvent être des torts.
Ils se sont chargés d'une grande responsabilité ces écrivains (français surtout) qui ont mis en question si