‹ Du pape (volume 3)Chapitre 108 sur 208 · LITRE II, CUAUTRE TIU · texte numérisé non relu

LITRE II, CUAUTRE TIU

le Souverain Pontife a le droit d'excommunier les souverains, et qui ont parlé en général du scandale des excommunications. Les sages ne demandent pas mieux que de laisser certaines questions dans une salutaire obscurité; mais si Ton attaque les principes, la sagesse même est forcée de répondre; et c*est un grand mal , quoique Fimprudence Tait rendu nécessaire. Plus on avance dans la connaissance des choses, et plus on en découvre qu'il est utile de ne pas discuter, surtout par écrit, ce qu'il est impossible de définir par des lois, parce que le principe seul peut être décidé, et que toute la difficulté gtt dans Tapplication, qui se refuse à une décision écrite.

Fénelon a dit laconiquement et dans un ouvrage qui n'était point destiné à la publicité : a L'Église « peut excommunier le prince, et le prince peut faire « mourir le pasteur. Chacun doit user de ce droit « seulement à toute extrémité; mais c'est un vrai a droit (1). »

Voilà l'incontestable vérité; mais qu'est-ce que /a dernière extrémité? C'est ce qu'il est impossible de définir. Il faut donc convenir du principe , et se taire sur les règles d'application.

On s'est plaint justement de l'exagération qui voulait soustraire l'ordre sacerdotal à toute juridiction temporelle; on peut se plaindre avec autant de justice de Texagératibn contraire qui prétend soustraire le pouvoir temporel à toute juridiction spirituelle.

En général, on nuit à l'autorité suprême en cherchant à raffranchir de ces sortes d'entraves qui sont établies nioins par l'action délibérée des hommes que

(1) Hist. de Fénelon, tom. III, pièces jusliflcatives du liv. VII, mémoire no VIII, p. 479.

par la force insensible des usages et des opinions ; car les peuples , privés de leurs garanties antiques , se trouvent ainsi portés à en chercher d'autres plus fortes en apparence, mais toujours infiniment dangereuses , parce qu'elles reposent entièrement sur des théories et des raisonnements à priori qui n'ont cessé de tromper les hommes.

Il n'y a rien de moins exact, comme on voit, que cette expression de toute^issance temporelle^ employée pour exprimer la puissance que les Papes s'attribuaient sur les souverains. C'était, au contraire, Texercice d'un pouvoir purement et éminemment spirituel , en vertu duquel ils se croyaient en droit de frapper d'excommunication des princes coupables de certains crimes, sans aucune usurpation matérielle, sans aucune suspension de la souveraineté, et sans aucune dérogation au dogme de son origine divine.

Il ne reste donc plus de doute sur cette proposition , que le pouvoir que s'attribuaient les Papes ne saurait être nommé sans un insigne abus de mots, toute-puissance temporelle. C'est encore un point sur lequel on peut entendre Voltaire. Il s'étonne beaucoup de cette étrange puissance qui pouvait tout chez l'étranger et si peu chez elle ^ qui donnait des royaumes et qui était gênée , suspendue , bravée à Rome , et réduite à faire jouer toutes les machines de la politique pour retenir ou recouvrer un village, 11 nous avertit avec raison d'observer que ces Papes, qui voulurent être trop puissants et donner des royaumes^ furent tous persécutés chez eux (1).

(4) Voll , Essai, elc. lom. U, chap. LXV.

LIVRB II, CUÀlMTRB IX. 215

Qu'est-ce donc que cette toute-fuissance temporelle qui n'a nulle force temporelle, qui ne demande rien de temporel ou de territorial chez les autres, qui anathématise tout attentat sur la puissance temporelle , et dont la puissance temporelle est si faible , que les bourgeois de Rome se sont souvent moqués d'elle ?

Je crois que la vérité ne se trouve que dans la proposition contraire, savoir, que la puissance dont il s'agit est purement spirituelle. De décider ensuite quelles sont les bornes précises de cette puissance , c'est une autre question qui ne doit point être approfondie ici. Prouvons seulement, comme je m'y suis engagé, que la prétention à cette puissance quelconque n'est point un délire.

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