‹ Du pape (volume 3)Chapitre 111 sur 208 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

même ils ont déclaré les sujets de ces princes déliés envers eux du serment de fidélité.

Lorsqu'on parle de despotisme et de gouvernement absolu , on sait rarement ce qu'on dit. Il n'y a point de gouvernement qui puisse tout. En vertu d'une loi divine, il y a toujours à côté de toute souveraineté une force quelconque qui lui sert de frein. C'est une loi , c'est une coutume, c'est la conscience, c'est une tiare, c'est un poignard; mais c'est toujours quelque chose.

Louis XIV s'étant permis un jour de dire devant quelques hommes de sa couV, qu'il ne voyait pas de plus beau gouvernement que celui de Sophi , l'un d'eux , c'était le maréchal d'Estrées, si je ne me trompe, eut le noble courage de lui répondre : Mais, sire, j'en ai vu étrangler trois dans ma vie.

Malheur aux princes s'ils pouvaient tout! Pour leur bonheur et pour le nôtre , la toute-puissance réelle n'est pas possible.

Or, l'autorité des Papes fut la puissance choisie et constituée dans le moyen-âge pour faire équilibre à la souveraineté temporelle, et la rendre supportable aux hommes.

Et ceci n'est encore qu'une de ces lois générales du monde, qu'on ne veut pas observer, et qui sont cependant d'une évidence incontestable.

Toutes les nations de l'univers ont accordé au sacerdoce plus ou moins d'influence dans les affaires politiques; et il a été prouvé jusqu'à l'évidence que, de toutes les nations policées , il nen est aucune qui ait attribué moins de pouvoirs et de privilèges à leurs prêires y que les juifs et les chrétiens (1).

(1) Ilist. de r Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, \n-i-2,

Jamais les nations barbares D*ont été mûries et civilisées que par la reli^on , et toujours la religion s*est occupée principalement de la souveraineté.

« L'intérêt du genre humain demande un frein qui « retienne lee souverains, et qui mette à couvert la « vie des peuples : ce frein de la religion aurait pu « être, par une convention universelle, dans la main a des Papes. Ces premiers Pontifes, en ne se mêlant <( des querelles temporelles que pour les apaiser , en a avertissant les rois et les peuples de leurs devoirs, « en reprenant leurs crimes, en réservant les exeom- (( munications pour les grands attentats, auraient « toujours été regardés comme des images de Dieu (c sur la terre. Mais les hommes sont réduits à n'aii voir pour leur défense que les lois et les meeurs de « leurs pays : lois souvent méprisées , mœurs soute vent corrompues (1). »

Je ne crois pas que jamais on ait mieux raisonné en faveur des Papes. Les peuples, dans le moyen-âge, n'avaient chez eux que des lois nulles ou méprisées, et des meeurs corrompues. Il fallait donc chercher ce frein indispensable hors de chez eux. Ce frein se trouva et ne pouvait se trouver que dans l'autorité des Papes. Il n'arriva donc que ce qui devait arriver.

Et que veut dire ce grand raisonneur, en nous disant, d'une manière conditionnelle, que ce frein ^ si nécessaire aux peuples, aukait pu être, par une convention universelle » dans la main du Pape? Il y fut en effet, non par une convention expresse des peuples , qui est impossible, mais par une convention ta-

lom. XV, p. U5.— Traité hisioriq. eldog. de la reïig. par l'abbé Bergier, lom. VI, p. 420.

(4) Voltaire, Essai, etc. tom. Il, ch. LX.

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