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LIVRE II, CHAPITRE X. 2t

or, sur ce point, le doute même n'est pas permis.

CHAPIÏKE X.

Exercice de la suprématie ponliflcale sur les souverains temporels.

La barbarie et des guerres interminables ayant effacé tous les principes , réduit la souveraineté d*£urope à un certain état de fluctuation qu*on n'a jamaii vu , et créé des déserts de toutes parts , il était avantageux qu'une puissance supérieure eût une certaine influence sur cette souveraineté ; or , comme les Papes étaient supérieurs par la sagesse et par la science, et qu'ils commandaient d'ailleurs à toute la science qui existait dans ce temps*là, la force des choses les investit, d'elle-même et sans contradiction, de cette supériorité dont on ne pouvait se passer alors. Le principe très-vrai que la souveraineté vient de Dieu renforçait d'ailleurs ces idées antiques, et il se forma enfin une opinion à peu près universelle, qui attribuait aux Papes une certaine compétence sur les ques^ tions de souveraineté. Cette idée était très-sage , et valait mieux que tous nos sophismes. Les Papes ne se mêlaient nullement de gêner les princes sages dans l'exercice de leurs fonctions, encore moins de troubler Tordre des successions souveraines, tant que les choses allaient suivant les règles ordinaires et connues; c'est lorsqu'il y avait grand abus, grand crime, ou grand doute , que le Souverain Pontife interposait son autorité. Or, comment nous tirons-nous d'affaire en cas semblables , nous qui regardons nos pères en pitié? Par la révolte, les guerres civiles et tous les

maux qui en résultent. En vérité, il n'y a pas de quoi se vanter. Si le Pape avait décidé le procès entre Henri IV et les ligueurs , il aurait adjugé le royaume de France à ce grand prince , à la charge par lui d'aller à la messe; il aurait jugé comme la Providence a jugé; mais les préliminaires eussent été un peu différents.

Et si la France d'aujourd'hui, pliant sous une autorité divine , avait reçu son excellent roi des mains du Souverain Pontife , croit-on qu'elle ne fÏÏt pas dans ce moment un peu plus contente d'elle-même et des autres?

Le bon sens des siècles que nous appelons barbares en savait beaucoup plus que notre orgueil ne le croit communément. Il n'est point étonnant que des peuples nouveaux , obéissant pour ainsi dire au seul instinct, aient adopté des idées aussi simples et aussi plausibles; et il est bien important d'observer comment ces mêmes idées qui entraînèrent jadis des peuples barbares , ont pu réunir dans ces derniers siècles l'assentiment de trois hommes tels que Bellarmin , Hobbes et Leibnitz (1).

a Et peu importe ici que le Pape ait eu cette priai mauté de droit divin ou de droit humain, pourvu a qu'il soit constant que , pendant plusieurs siècles , « il a exercé dans l'Occident, avec le consentement c( et l'applaudissement universel , une puissance as- « sûrement très-étendue. Il y a même plusieurs

(4) a Les arguments de Beliarminj gut, de la supposiUon que les « Papes ont ta juridiction sur le spirituel, infère qu'ils ont une ju- « ridietion au moins indirecte sur le temporel, n'ont pas paru mé- « prisables à Hobbes raême. Effectivemeni, ii est certain, etc.» (Leibnitz, Op. tom. IV, part. III, p. 401, in-Ao.—Pensées d« Leibnilz, in-8o, iom. II, p. 406.)

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« hommes célèbres parmi les protestants qui ont cru c( qu*on pouvait laisser ce droit au Pape, et qu*il a était utile à l'Église si Ton retranchait quelques « abus (1). »

La théorie seule serait donc inébranlable. Mais que peut-on répondre aux faits qui sont tout dans les questions de politique et de gouvernement?

Personne ne doutait, et les souverains mêmes ne doutaient pas de cette puissance des Papes ; et Leibnitz observe avec beaucoup de vérité et de finesse, à son ordinaire , que Tempereur Frédéric , disant au Pape Alexandre III , non pas à vous , mais à Pierre , confessait la puissance des Pontifes sur les rois, et n'en contestait que l'abus (2).

Cette observation peut être généralisée. Les princes, frappés par Tanathème des Papes, n'en contestaient que la justice , de manière qu'ils étaient constamment prêts à s'en servir contre leurs ennemis, ce qu'ils ne pouvaient faire sansconfesser manifestement la légitimité du pouvoir.

Voltaire , après avoir raconté à sa manière l'excommunication de Robert de France, remarque que Vempereur Othon III assista lui-même au concile oii Veœcommunication fut prononcée (3). L'emperçur confessait donc l'autorité du Pape ; et c'est une chose bien singulière que les critiques modernes ne veuillent pas s'apercevoir de la contradiction manifeste où ils tombent en observant tous d'une commune voix , que ce quil y avait de plus déplorable dans ces grands jugements, c'était l'aveuglement des princes, qui n'en

(\) Pensées de Leibnilz, in-8o, i. il, p. 4(M. (2) Lcibnilz, Op. lom. IV, part. III, p. 404. {^) Voltaire, Essai, etc., tom. Il, chap. XXXIX.

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contestaient pas la légitimité , et qui souvent les invoquaient eux-mêmes.

Mais si les princes étaient d'accord, tout le monde était donc d'accord, et il ne s'agira plus que des abus qui se trouvent partout.

Philippe-Auguste , à qui le Pape venait de transférer le royaume d'Angleterre en héritage perpétuel..., ne publia point alors « qu'il n'appartenait pas au Pape

« de donner des couronnes Lui-môme avait été

a excommunié quelques années auparavant..., parce «c qu'il avait voulu changer de femme. Il avait dé- « claré alors les censures de Rome insolentes et abu-

« sives Il pensa tout différemment lorsqu'il se

« vit l'exécuteur d'une bulle qui lui donnait TAn- M gleterre (1). »

C'est-à-dire que l'autorité des Papes sur les rois n'était contestée que par celui qu'elle frappait. Il n'y eut donc jamais d'autorité plus légitime, comme jamais il n'y en eut de moins contestée.

La diète de Forcheim ayant déposé, en 10T7, l'empereur Henri IV, et nommé à sa place Rodolphe, duc de Souabe, le Pape assembla un concile à Rome pour juger les prétentions des deux rivaux : ceux-ci jurèrent par la bouche de leurs ambassadeurs de s'en tenir à la décision des légats (2), et l'élection de Rodolphe fut confirmée. C'est alors que parut sur le diadème de Rodolphe le vers célèbre :

La Pierre a choisi Pierre, et Pierre i'a choisi (5).

Henri V, après son couronnement comme roi d'Ita-

(1) Voltaire, Essai sur les mœurs, tom. Il, cliap. I.

(2) Maimbourg, ad annum, 4077.

(5) Pelra ( c'est Jésus-Clirisl ) dédit Pelro, Petrus diadema Itudolpho.

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