‹ Du pape (volume 3)Chapitre 12 sur 208 · LIVRE 1, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE I

savoir si elle est en communauté de foi avec les autres.

Soutenir qu'une foule d'Églises indépendantes forment une Église une et universelle, c'est soutenir, en d'autres termes, que tous les gouvernements politiques de l'Europe ne forment qu'un seul gouvernement un et universel. Ces deux idées sont identiques; il n'y a pas moyen de chicaner.

Si quelqu'un s'avisait de proposer un royaume de France sans roi de France, un empire de Russie sans empereur de Russie, etc. , on croirait Justement qu'il a perdu Tesprit; ce serait cependant rigoureusement la même idée que celle d'une Église universelle sans chef.

U serait superflu de parler de Taristocratie ; car n'y ayant jamais eu dans TÉglise de corps qui ait eu la prétention de la régir sous aucune forme élective ou héréditaire, il s'ensuit que son gouvernement est nécessairement monarchique, toute autre forme se trouvant rigoureusement exclue.

La forme monarchique une fois établie, Tinfaillibilité n'est plus qu'une conséquence nécessaire de la suprématie, ou plutôt, c'est la même chose absolument sous deux noms différents. Mais quoique cette identité soit évidente, jamais on n'a vu ou voulu voir que toute la question dépend de cette vérité; et cette vérité dépendant à son tour de la nature même des choses, elle n'a nullement besoin de s'appuyer sur la théologie; de manière qu'en parlant de l'unité comme nécessaire, l'erreur ne pourrait être opposée au Souverain Pontife , quand même elle serait possible , comme elle ne peut être opposée aux souverains temporels, qui n'ont jamais prétendu à l'infaillibilité.

C'est en effet absolument la même chose dans la pratique, de n'être pas sujet à l'erreur, ou de ne pouvoir en être accusé. Ainsi , quand même on demeurerait d'accord qu'aucune promesse divine n'eût été faite au Pape, il ne serait pas moins infaillible, ou censé tel , comme dernier tribunal; car tout jugement donton ne peut appeler est et doit être tenu pour juste dans toute association humaine, sous toutes les formes de gouvernement imaginables; et tout véritable homme d'état m'entendra bien , lorsque je dirai qu'il ne s'agit pas seulement de savoir si le Souverain Pontife est , mais s'il doit être infaillible.

Celui qui aurait le droit de dire au Pape qu'il s'est trompé, aurait , par la même raison , le droit de lui désobéir; ce qui anéantirait la suprématie (ou l'infaii- Ubilité); et cette idée fondamentale est si frappante, que l'un des plus savants protestants qui aient écrit dans notre siècle (1) , a fait une dissertation pour établir que ï appel du Pape au futur concik détruit Vumté visible. Rien n'est plus vrai; car d'un gouvernement habituel , indispensable , sous peine de la dissolution du corps, il ne peut y avoir appel à un pouvoir intermittent.

Voilà donc d'un côté Motkeim, qui nous démontre par des raisons invincibles que l'appel au futur concile détruit Vunité visible de l'Église , c'est-à-dire le catholicisme d'abord , et , bientôt après , le christianisme même; et de l'autre Ficury, qui nous dit, en faisant l'énumération des libertés de son Église : Nous croyons qu'il est permis d'appeler du Pape au

(1) Laur. Mosheimii dissert, de appel, adconcil. univ. Ecclesiœ unitalem speclabilem tolientibus. [ Dans Touvrage du docteur Marchetti , lom. Il, p. 208)

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