LIVRE I, CHAPITRE I
futur COnciU , NONOBSTANT L£S BULLES U£ PlË II ET
DE Jules II , qui l'ont défendu (â).
C'est un étrange spectacle, il faut Tavouer, que celui de ces docteurs gallicans, conduits fMir des exagérations nationales à rhuaiiliation de se voir enGn lè- Tutés par des théologiens protestants : je voudrais bi^n au moins que ce spectacle n'eût été donné qu'une fois.
Les novateurs que Moihêim avait en vue, ont aoutenu « que le Pape avait seulement le droit de prési- <c der les conciles, et que le gouvernement de TÉglise « est aristocratique. r> Mai$, ditFleury, cmt ^piniom est condamnée à Rome tt en France.
Cette opinion a donc tout ce qu'il foui pour être condamnée; mais si le gouvernement de rÉglise n'est pas aristocratique, il est donc naonarckique; et s'il est monarohique, coouBe il l'est certaûMmeikt et invinciblement , quelle afutor^ recevra l'appel de ses déei-^ sions?
Essayez de diviser le momie chrétien en patriarcats, comme le veulent les Églises «chismatiques d'Orient , chaque patriarche, dans ceète supposition , aura les privilèges que nous attribuons ici au Pape, et l'on ne pourra de même appeler de leurs décisions; car il faut toujoiu*s qu'il y ait un point où l'on s'arrête. La souveraineté sera divisée, mais toujours on la -retrouvera ; il faudra seulement changer le symbote et dire : Je crois aux Eglises attisées et indépendantes.
C'est à cette idée monstrueuse qu'on se verra amené par force, mais bientôt elle^se trouvera perfectionnée encore par les princes temporels, qui, s'inquiétant fort peu de cette vaine division patriareale , établiront
(0 Fleury, sur les libertés de l'Église gallicane. Nouv. opusc. Paris, 1807, in-12, p. 30.
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rindépendance de leur Église particulière, et se débarrasseront même du patriarche, comme il est arrivé en Russie; de manière qu'au lieu d'une seule infaillibilité, qu'on rejette comme un privilège trop sublime, nous en aurons autant qu'il plaira à la politique d'en former par la division des états. La souveraineté religieuse, tombée d'abord du Pape aux patriarches, tombera ensuite de ceux-ci aux synodes , et tout finira par la suprématie anglaise et le protestantisme pur; état inévitable, et qui ne peut être que plus ou moins retardé ou avoué partout où le Pape ne règne pas. Admettez une fois l'appel de ses décrets, il n'y a plus de gouvernement, plus d'unité, plus d'Église visible.
C'est pour n'avoir pas saisi des principes aussi évidents, que des théologiens du premier ordre, tels que Bossuet et Fleury, par exemple, ont manqué l'idée de l'infaillibilité, de manière à permettre au bon sens laïque de sourire en les lisant.
Le premier nous dit sérieusement que la doctrine de VinfaillibUité n'a commencé qu'au concile de Florence (1) ; et Fleury, encore plus précis, nomme le dominicain Cajetan comme l'auteur de cette doctrine, sous le pontificat de Jules IL
On ne comprend pas comment des hommes, d'ailleurs si distingués, ont pu confondre deux idées aussi différentes que celles de croire et de soutenir un dogme.
L'Église catholique n'est point argumentatrice de sa nature; elle croit sans disputer, car la foi est une croyance par amour, et l'amour n'argumente point.
(4) Hist. de Bossuet. Piéc. jtfttific. du VU liv., p. 392.
LlYiUî I, CQAPlTRIi I. 9
Le catholique sait qu'il ne peut se tromper; il sait de plus que s*il pouvait se tromper, il n*y aurait plus de vérité révélée, ni d'assurance pour Thomme sur la terre, puisque toute société divinement instituée suppose V infaillibilité , comme Ta dit excellemment rillustre Mallebranche.
La foi catholique n'a donc pas besoin, et c'est ici son caractère principal, qui n'est pas assez remarqué, elle n'a pas besoin , dis-je, de se replier sur elle-même, de s'interroger sur sa croyance, et de se demander pourquoi elle croit; elle n'a point cette inquiétude dissertatrice qui agite les sectes. C'est le doute qui enfante les livres : pourquoi écrirait-elle donc , elle qui ne doute jamais?
Mais si Ton vient à contester quelque dogme , elle sort de son état naturel, étranger à toute idée contentieuse; elle cherche les fondements du dogme mis en problème; elle interroge l'antiquité; elle crée des mots surtout, dont sa bonne foi n'avait nul besoin , mais qui sont devenus nécessaires pour caractériser le dogme, et mettre entre les novateurs et nous une barrière éternelle.
J'en demande bien pardon à l'illustre Bossuet; mais lorsqu'il nous dit que la doctrine de V infaillibilité a commencé au quatorzième siècle , il semble se rapprocher de ces mêmes hommes qu'il a tant et si bien combattus. Les protestants ne disaient-ils pas aussi que la doctrine de la transsubstantiation n'était pas plus ancienne que le nom? Et les Ariens n'argumentaient-ils pas de même contre la consubstantialité? Bossuet, qu'il me soit permis de le dire sans manquer de respect à un aussi grand homme , s'est évidemment trompé sur ce point important. Il faut bien
se garder de prendre un mot pour une chose, et le commencement d'une erreur pour le commencement d'un dogme. La vérité est précisément le contraire de ce qu'enseigne Fleury : car ce fut vers Tépoque qu'il assigne que l'on commença, non pas à croire, mais à disputer sur Vinfaillibilité (1). Les contestations élevées sur la suprématie du Pape , forcèrent d'examiner la question de plus près, et les défenseurs de la vérité appelèrent cette suprématie infaillibilité , pour la distinguer de toute autre souveraineté; mais il n'y a rien de nouveau dans l'Église , et jamais elle ne croira que ce qu'elle a toujours cru. Bossuet veut-il nous prouver la nouveauté de cette doctrine? qu'il nous assigne une époque de l'Église où les décisions dogmatiques du Saint-Siège n'étaient pas des lois; qu'il efface tous les écrits où il a prouvé le contraire avec une logique accablante , une érudition immense, une éloquence sans égale; qu'il nous indique surtout le tribunal qui examinait ces décisions et les réformait.
(1) Le premier appel au futur concile est celui qui fut émis par Taddée au nom de Frédéric H, en 1245. On dit qu'il y a du doute sur cet appel , parce qu'il fut fait tm Pape et au concile plus général. On yeul que le premier appel incontestable soit celui de Duplessis , émis le t3 juin 1303 ; mais celui-ci est semblable à l'autre, et montre un embarras excessif. II est fait au concile et au Saint-Siège apoftolique, et 4 celui et d ceux à qui et auxquels il peut et doit être le mieux porté de droit. (Nat. Alex, in sec. XIII et XIV, art. 5, g 11.) Dans les quatre-vingts ans qui suivent, on trouve huit appels dont les formules •ont: Au Saint-Siège , au sacré Collège, au Pape futur, au Pape mieux informé, au concile, au tribunal de Dieu, d la très-sainte Trinité, d Jésus-Christ enfin. { Voy. le doct. Marcheiti, Crit. de Fleury, dans l'append , pages 257 et 260.) Ces inepties valent la peine d'éire rappelées; elles prouvent d'abord la nouveauté de ces appels, et ensuite l'embarras des appelants, qui ne pouvaient confesser plus clairement l'absence de tout tribunal supérieur au Pape, qu'en portant Ragnment l'appel à la très-sainte Trinité.