CHAPITRE XIV
De la bulle d*A(exandpe VI, Inler emtera.
Un siècle avant celui qui vit le fameux traité de Westphalie, un Pape , qui forme une triste exception
(I) « Pendant longtemps le centre politique de TEurope avait été « forcément établi à Rome. U s'y était trouvé transporté par des cir- « constances, des considérations plus religieuses que politiques ; et il « avait dû commencer à s*en éloigner à mesure que Ton avait appris à « séparer la politique de la religion (beau chef-d'œuvre vraiment 1) f< et à éviter les maux que leur mélange avait trop.souvent produits. » (Lettres sur l'hist. tom. IV, liv. XCVI, p. 470.)
J'oserais croire , au contraire , que le titre de mièiat$m^iiié (entre les princes chrétiens), accordé au Souverain Pontife, serait de tous les titres le plus naturel , le plus magnifique et le plus sacré. Je n'imagine rien de plus beau que ses envoyés, au milieu de tous ces grands congrès, demandant la paix sans avoir fait la guerre , n'ayant à prononcer ni le mot A'acquitiliony ni celui de reitituliony par rapport au Père commun , et ne parlant que pour la justice , l'humanité et la religion. Fiat ! fiât !
à cette longue suite de vertus qui ont honoré le Saint-Siège « publia cette bulle célèbre qui partageait entre les Espagnols et les Portugais les terres que le génie aventureux des découvertes avait données ou pouvait donner aux deux nations, dans les Indes et dans rAmérique. Le doigt du Pontife traçait une Ligne sur le globe, et les deux nations consentaient à la prendre pour une limite sacrée que Tambition respecterait de part et d'autre.
C'était sans doute un spectacle magnifique que celui des deux nations consentant à soumettre leurs dissensions actuelles , et même leurs dissensions possibles, au jugement désintéressé du Père commun de tous les fidèles, à mettre pour toujours rarbitrage le plus imposant à la place des guerres interminables.
C'était un grand bonheur pour l'humanité que la puissance pontificale eût encore assez de force pour obtenir ce grand consentement , et le noble arbitrage était si digne d'un véritable successeur de saint Pierre, que la bulle Inter cœtera devrait appartenir à un autre Pontife.
Ici du moins il semble que notre siècle même devrait applaudir; mais point du tout. Marmontel a décidé en propres termes , que de tous les crimes de Borgia, ceUe*btUle fut le plus grand (1). Cet inconcevable jugement ne doit pas surprendre de la part d'un élève de Voltaire; mais nous allons voir qu*un sénateur français ne s'est montré ni plus raisonnable ni plus indulgent. Je rapporterai tout au long son jugement très-remarquable, surtout sous le point de vue astronomique.
{i) Voyei les Incas, lom. I, p. «2.