‹ Du pape (volume 3)Chapitre 127 sur 208 · LIVRE 11, CUAPITKE Xtll · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CUAPITKE Xtll

a bler les éiats d'un souverain occupé dans une croisade, (( savait qu'il s'exposait à une excommunication qui « pouvait lui faire perdre les siens. Cette idée, d'ail- « leurs, était généralement répandue et adop- « tée (1). »

On pourrait, comme on voit, et je m'en chargerais volontiers, composer, sur ce texte seul, un livre très-sensé, intitulé : de l'Utilité des sacrilèges. Mais pourquoi donc borner cette utilité au temps des croisades? Une puissance réprimante n'est jamais jugée, si Ton ne fait entrer en considération tout le mal qu'elle empêche. C'est là le triomphe de l'autorité pontificale dans les temps dont nous parlons. Combien de crimes elle a empêchés , et qu'est-ce que ne lui doit pas le monde? Pour une lutte plus ou moins heureuse qui se montre dans l'histoire, combien de pensées fatales , combien de désirs terribles étoufleti dans les cœurs des princes I Combien de souverains auront dit dans le secret de leurs consciences : Non, il ne faut pas s'exposer! L'autorité des Papes fut pendant plusieurs siècles la véritable force constituante en Europe. C'est elle qui a fait la monarchie Euro-péenne, merveille d'un ordre surnaturel qu'on admire froidement comme le soleil , parce qu'on le voit tous les jours.

Je ne dis rien de la logique qui argumente de ces fameuses paroles , mon royaume n'est pas de ce monde, pour établir que le Pape n'a jamais pu sans crime exercer aucune juridiction sur les souverains. C'est un lieu commun dont je trouverai peut-être Toccasion de parler ailleurs; mais ce qu'on ne saurait lire

(I) Lelires sur l'hisl. liv. XL VII, p. 494.

sans un sentiment profond de tristesse , c'est l'accusation intentée contre les Papes d'avoir provoqué les nations au MEURTRE. H fallait au moins dire à la guerre; car il n'y a rien de plus essentiel que de donner à chaque chose le nom qui lui convient. Je savais bien que le soldat tue , mais j'ignorais qu'il fût meurtrier. On parle beaucoup de la guerre sans savoir qu'elle est nécessaire, et que c'est nous qui ia rendons telle. Mais sans nous enfoncer dans cette question, il suffit de répéter que les Papes , comme princes temporels , ont autant de droit que les autres de faire la guerre, et que s'ils Font faite (ce qui est incontestable) , et plus Rarement, et plus justement, et plus humainement que les autres, c'est tout ce qu'on a droit d'exiger d'eux. Loin d'avoir froi?o}«*6 à la guerre, ils l'ont au contraire empêchée de tout leur pouvoir; toujours ils se sont présentés comme méc|iateurs , lorsque les circonstances le permettaient; et, plus d'une fois, ils ont excommunié des princes ou les en ont menacés pour éviter des guerres. Quant aux excommunications, il n'est pas aisé de prouver, comme nous l'avons vu, qu'elles aient réellement produit des guerres. D'ailleurs le droit était incontestable, et les abus purement humains ne doivent jamais être pris en considération. Si les hommes se sont servis quelquefois des excommunications icomme d'un motif pour faire la guerre, alors même ils se battaient malgré les Papes, qui jamais n'ont voulu ni pu vouloir la guerre. Sans la puissance temporelle des Papes , le monde politique ne pouvait aller; et plus cette puissance aura d'action , moins il y aura de guerres, puisqu'elle est la seule dont l'intérêt visible ne demande que la paix.

LiVKK II, CHAPITRE XIV. 2Gi

Quant aux guerres justes , saintes même et nécessaires, telles que les croisades, si les Papes les ont provoquées et soutenues de tout leur pouvoir, ils ont bien fait, et nous leur en devons d'immortelles actions de grâces. — Mais je n*écris pas sur les croisades.

Et si les Souverains Pontifes avaient toujours agi comme médiateurs, croit-on qu'ils auraient eu au moins l'extrême bonheur d'obtenir l'approbation de notre siècle? Nullement. Le Pape lui déplatt de toutes les manières et sous tous les rapports, et nous pouvons encore entendre le même juge (1) se plaindre de ce que les envoyés du Pape étaient appelés à ces grands traités où l'on décidait du sort des nations, et se féliciter de ce que cet abus n'aurait plus lieu.

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