‹ Du pape (volume 3)Chapitre 138 sur 208 · LIVRE III > CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III > CHAPITRE I

« inévitables , et leurs travaux, au lieu d'éclairer les (c gentils, ne sont propres qu'à éclairer leurs préju- . a gés contre la foi , si jamais elle leur e^r anfumcée « d'une manière plui régulière (1), En un mot, la sott ciété des missions ne peut faire aucun bien, et peut « faire beaucoup de mal.

tt Nous croyons cependant que c'est un devoir de a l'Église de prêcher l'Évangile aux infidèles (2). »

Ces aveux sont exprès et n'ont pas besoin de commentaires. Quant aux Églises orientales, et à toutes celles qui en dépendent ou qui font cause commune avec elles, il serait inutile de s'en occuper. Elles-mêmes se rendent justice. Pénétrées de leur impuissance, elles ont fini par se faire de leur apathie une espèce de devoir. Elles se croiraient ridicules si elles se laissaient aborder par l'idée d'avancer les conquêtes de rÉvangile , et par elles la cifilisation des peu-

L'Église a donc seule l'honneur, la puissance et le droit des missions; et sans le Souverain Pontife, il n'y a point d'Église. N'est-ce pas lui qui a civilisé l'Europe et créé cet esprit général , ce génie frater-

(1) Que veulent donc dire les journalistes avec cette expression d^une manière plui régulière? Peut-il y avoir quelque chose de régulier hors de la régie? On peut sans doute être plus ou moins prèi d'une barque, mais plus ou moins dedam, il n'y a pat moyen. L'Église d'Angleterre a même quelque désavantage sur les autres Eglises séparées; car, comme elle est évidemment «eu/e, elle est évidemment nulle, (Vid. Monlhly politieal and liiterary Cemor or anti-jaeobin. lUarch. 1805, vol. XIV, no 9, pag. 280, 281.) Mais peut-être que ces mots d'une manière plut régulière cachent quelque mystère, comme j'en ai observé souvent dans les ouvrages des écrivains anglais.

(2) Ibid. Ceci est un grand mot. L'Église seule a le droit, et, par conséquent, le devoir de prêcher l'Évangile aux infidèles. Si les rédacteurs avaient souligné le mot Église, ils auraient prêché une vérité très-profonde aux infidèles.

nel qui nous distinguent? A peine le SaintrSiége est affermi, que la sollicitude univer selle transporte les Souverains Pontifes. Déjà, dans le cinquième siècle , ils envoient saint Séirerin dans la Norique , et d'autres ouvriers apostoliques parcourent les Espagnes, comme on le voit par la fameuse lettre d'Innocent 1*' à Décentius. Dans le même siècle , saint Pallade et saint Patrice paraissent en Irlande et dans le nord de FÉcosse. Au sixième, saint Grégoire le Grand envoie saint Augustin en Angleterre. Au septième, saint Kilian prêche en Franconie, et saint Amand aux Flamands, aux Garinthiens, aux Esclavons, à tous les Barbares qui (labitaient le long du Danube. Bluff de Werden se transporte en Saxe dans le huitième siècle, saint Willebrod et saint Swidbert dans la Frise, et saint Bôniface remplit TAllemagne de ses travaux et de ses succès. Hais le neuvième siècle semble se distinguer de tous les autres, comme si la Providence avait voulu, par de grandes conquêtes, consoler rÉglise des malheurs qui étaient sur le point de Taffliger. Durant ce siècle , saint Siffroi fut envoyé aux Suédois , Anchaire de Hambourg prêche à ces mêmes Suédois, aux Vandales et aux Ësclavons; Rembert de Brème, les frères Cyrille et Méthodius, aux Bulgares, aux Ghazares ou Turcs du Danube, aux Moraves, aux Bohéniiens, à Timmense famille des Slaves; tous ces hommes apostoliques ensemble pouvaient dire à juste titre :

Hic tandem stelimus nnbis iibl defuil orbis.

Mais lorsque l'univers s'agrandit par les mémorables entreprises des navigateurs modernes, les missionnaires du Pontife ne s'èlancèrenl-ils pas à la suite

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de ces hardis aventuriers? N'allèrent-ils pas chercher le martyre comme Tavarice cherchait Tor et les diamants? Leurs mains secourables n'étaient-elles pas constamment étendues pour guérir les maux enfantés par nos vices, et pour rendre les brigands européens moins odieux à ces peuples lointains? Que n'a pas fait saint Xavier (1)? Les jésuites seuls n ont- Us pus guéri une des plus grailles plaies de l'humanité (2)? Tout a été dit sur les missions du Paraguay, de la Chine, des Indes, et il serait superflu de revenir sur des sujets aussi connus. Il suffît d'avertir que tout rhonneur doit en être accordé au Saint-Siège. « Voilà, disait le grand Leibnitz, avec un noble sen- « timent d'envie bien digne de lui ; voilà la Chine « ouverte aux jésuites; le Pape y envoie nombre de d missionnaires. Notre peu d'union ne nous permet pas a d'entreprendre ces grandes conversions (3). Sous le « règne du roi Guillaume , il s'était formé une sorte c< de société en Angleterre , qui avait pour objet la

(1)  Pùulo tertio Indiœ destinatut^ mvltot passim toto Oriente ehri$iitmo$ ad metiorêm frugem revoeavit, et innvmernt propemodum populos ignorantiœ tenebrit involutoi ad Chritti/ldem adduxit. Nam prœter Indos, Brachtnanet et Malabaras^ ipte primus Paravis^ MalaïSyJaU^ Àcenity Mindanaïê, Molucensibtit et Japonibus, mullie editiê miraeMli$ et eûtamlatii laberibui EvangeHi lueem ifUulit. Ferluitrata tandem Japonid, ad Sinoi profeeturue, in insuld Sandand obiit. (Voyez son office dans le Bréviaire de Paris, 2 décembre.)

Les voyages de saint François Xavier sont détaillés à la fin de sa Vie écrite par le père Bouhours, et piéritent grande attention. Arrangés de suite, ils auraient fait trois Tois le tour du globe. Il mourut à qua< * rante-six ans, et n'en employa que. dix à rexéculion de ses prodigieux travaux; c'est le temps qu'employa César pour asservir et dévaster 1rs Gaules.

(2) Montesquieu.

(S) Lettre de Leibnitz, citée dans le Journal hist. politique et liltéraire de l'abbé de Feller. Août 1774, p. 209.

« propagation de TÉvangile; mais jusqu'à présent « elle n*a pas eu de grands succès (1). »

Jamais elle n*en aura et jamais elle n'en pourra avoir, sous quelque nom qu'elle agisse , hors de Tunité; et non-seulement elle ne réussira pas, mais die ne fera que du mal , comme nous l'avouait tout à rheure une bouche protestante.

« Les rois, disait Bacon, sont véritablement inex- « cusables de ne point procurer, à la faveur de leurs a armes et de leurs richesses, la propagation de la a Religion chrétienne (2). »

Sans doute ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques), qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes» ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès , par un long règne , par une immense réputation, ou par tous ces avantage» réunis. Il n'y a point, il n'y aura jamais, il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin , Théodose , Alfred , Charlemagne, saint Louis, Emmanuel de Portugal, Louis XIV, etc., tous les grands protecteurs ou propagateursdu christianisme légitime» marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance suivant ses forces , il pourra sans doute payer sontribut d'imperfections et de malheurs à la triste huma-

(1) Leibnitzii episL ad Kortholtam, dans ses OMivrcs in-40, p.sSS.— Pensées de Leibni'z, in-S», lom. I, p. 275.

(2) Dacon, dans le dialogue de Bellotaero. GhrislianismcdeBacon^ lom. U, p. 274.

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