LA SAGESSE ET L'INTELLIGENCE DE LEURS SUJETS ALLONGENT LES RB6NB
Il n'y a rien de si vrai , il n'y a rien de si profond , il n'y a rien de si terrible, et, par malheur, il n'y a rien de moins aperçu. La liaison de la Religion et de la souveraineté ne doit jamais être perdue de vue. Je me rappelle avoir lu jadis le titre d'un sermon anglais intitulé: Les péchés du gouvernement sont les péchés du peuple [^. J'y souscris sans l'avoir lu; le titre seul vaut mieux que plusieurs livres.
En comparant les races souveraines d'Europe et d'Asie , le chevalier Jones observe que « la nature (( des malheureux gouvernements asiatiques etpli-
le roi est européen et catholique, U est , comme dit Homère, très-roi (6aaiA«WT«T0s). Plus il s'éloigne de ce modèle, et moins il est roi. 11 faut parliculièremeni Ires-peu compter sur les races produites au milieu des tempêtes, élevées par la force ou par la politique, ei qui se montrent surtout environnées, flanquées, défendues, consacrées par de belles lois fondamentales , écrites sur de beau papier vélin , et qui ont prévu tous les cas.— Ces races ne peuvent durer.— Il y aurait bien d'autres choses à dire , si Ton voulait ou si Ton pouvait tout dire,
(i) Propter peccata terrœ tnulti principes ejus; et propler hotninis sapientiam, et horum scientiam quœ dicuntur, vita ducis longior crit. ( Prov. XXVllI, 2.)
(2) Sins ofgovemment, tim ùf the nations. À diseourse intended for the late fast. ( London, Chronicle, 4793, no 5747.) Il me parait que ce titre ei èè sujet n'ont pu élré trouvés que t)^^ un esprit sage et lumineux.
(( que la différence qui les dtotingue des oAircs, sous « le rapport de la durée des races (1). d
Sans doute ; mais il faut ajouter que c'est la Religion qui différencie les gouyernements. Le mahométisme n*accorde que dix à douze ans aux souverains: car les crimes des hommes multiplient les princes; et dans tout le pays infidèle , il faut nécessairement qu'il y ait infiniment plus de crimes et infiniment moins de vertus que parmi nous, quel que soit le relâchement de nos mœurs, puisque, malgré ce relâchement, la vérité nous est néanmoins continuellement préchée, et que nous avons Vintelligenee des choses qu'on nous dit»
Les règnes pourront donc s'élever, dans les pays chrétiens, Jusqu'à vingt-cinq ans. En France, le règne commun , calculé pendant trois cents ans, est de vingt-cinq ans. En Danemark, en Portugal, en Piémont, les règnes sont également de vingt-cinq ans. En Espagne, ils sont de vingt-deux ans ; et il y a, comme on voit, quelque différence entre les durées des différents gouvernements chrétiens; mais tous les règnes chrétiens sont plus longs que tous les règnes non-chrétiens, anciens et modernes.
Une considération importante sur la durée des règnes pourrait peut-être se tirer encore des souverainetés protestantes, comparées à elles-mêmes avant la réforme , et à celles qui n'ont point changé de foi.
Les règnes d'Angleterre , qui étaient de plus de vingt-trois ans avant la réforme, ne sont plus que de dix-sept ans depuis cette époque. Ceux de la Suède
(4) Sir William Jone'i Worki,t9m. F, p. SM. ( Dans la préface de la description de l'Asie.)
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sont tombés de vingtrdeux ans à ce même nombre de dix-sept. Il pourrait donc se faire que la loi incontestable à regard des nations infidèles ou primitivement étrangères à Tinfluence du Saint-Siège, que cette loi, dis-je, se manifestât encore chez les nations qui n*ont cessé d*6tre catholiques qu*après ravoir été longtemps. Néanmoins, comme il peut y avoir des compensations inconnues, et que le Danemark, par exemple, en vertu de quelque raison cachée, mais certainement honorable pour la nation , neparatt pas avoir subi la loi de Taccourcissenoent des règnes , il convient d*attendre encore avant de généraliser. Cette loi , au reste, étant manifeste, il ne s*agit plus que d*en examiner retendue. On ne saurait trop approfondir Vinfluenee de la Religion sur la durée des régnes et sur cette des dynoMies.