LIVRE III, CHAPITRE VU
Cette division religieuse s'enracinait encore dans l'opposition politique créée par l'empereur Constantin; fortifiée Tune par l'autre, elles ne cessèrent de repousser l'union, qui eût été si nécessaire contre les ennemis formidables qui s'avançaient de l'Orient et du Nord. Écoutons encore sur ce point le respectable auteur des Lettres sur Vhistoire,
« Il est sûr, dit-il, que si les deux empereurs « d'Orient et d'Occident eussent réuni leurs efforts, « ils auraient inévitablement renvoyé dans les sables a de l'Afrique, ces peuples (les Sarrasins) qu'ils dec( valent craindre de voir établir au milieu d'eux; « mais il y avait entre les deux empires une jalousie « que rien ne put détruire , et qui se manifesta bien (( plus pendant les croisades. Le schisme des Grecs « leur donnait contre Rome une antipathie religieuse, « et celle-là se soutint toujours , même contre leur c< propre intérêt (1). »
Ce morceau est d'une vérité frappante. Si les Papes avaient eu sur l'empire d'Orient la même autorité qu'ils avaient sur l'autre, non-seulement ils auraient chassé les Sarrasins, mais les Turcs encore. Tous les maux que ces peuples nous ont faits n'auraient pas eu lieu. Les Mahomet, les Soliman, les Amurat, etc., seraient des noms inconnus pour nous. Français, qui vous laissez égarer par de vains sophismes, vous régneriez à Constantinople et dans la Cité sainte. Les assises de Jérusalem , qui ne sont plus qu'un monu-
fanet pour le bien de la Religion.) Rien, et pas même la sainteté, ne pouvait éteindre tout à fait l'état naturel de guerre qui divisait les deux États et les deux Églises, état qui dérivait de la poliiique et qui remontait à Constantin.
(0 Lettres sur Thistoire, tom. U, lettre XLV.
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ment historique , seraient citées et observées au lieu où elles furent écrites; on parlerait français en Palestine. Les sciences, les arts, la civilisation, illustreraient ces fameuses contrées de TAsie, jadis le Jardin de Tunivers , aujourd'hui dépeuplées , livrées à Tignorance, au despotisme, à la peste, à tous les genres d'abrutissement.
Si Taveupcle orgueil de ces contrées n'avait pas résisté constamment aux Souverains Pontifes, s'ils avaient pu dominer les vils empereurs de Byzance, ou du moins les tenir en respect, ils auraient sauvé TAsie comme ils ont sauvé TËurope , qui leur doit tout, quoiqu'elle semble l'oublier.
Longtemps déchirée par les Barbares du Nord, l'Europe se voyait menacée des plus grand» maux. Les redoutables Sarrasins fondaient sur elle , et déjà ses plus belles provinces étaient attaquées , conquises ou entamées. Déjà maîtres de la Syrie, de l'Egypte, de la Tingitane , de la Numidie , ils avaient ijouté à leurs conquêtes d'Asie et d'Afrique une partie considérable de la Grèce, l'Espagne, la Serdalgne, la Corse, la Pouille , la Calabre et la Steile en partie. Ils avaient fait le siège de Borne, et brûlé ses faubourgs. Enfin ils s'étaient jetés sur la France , et dès le huitième siècle, c'en était fait déjà de l'Europe, c'est-àdire du christianisme, des sciences et de la civilisation , sans le génie de Charles-Martel et de Chartemagne qui arrêtèrent le torrent. Le nouvel ennemi ne ressemblçiit point aux autres : les nobles enfants du Nord pouvaient s'accoutumer à nous, apprendre nos langues, et s'unir à nous enfin par le triple lien des lois, des mariages et de la Religion. Mais le disciple de Mahomet ne nous appartient d'aucune ma-