LIVRE III, CHAPITRB YII
nière : il est étranger, ina$sociêblê , immiicible à nous. Voyez les Turcs! spectateurs dédaigneux et hautains de notre civilisation, de nos arts, de nos sciences, ennemis mortels de notre culte, ils sont aujourd'hui ce qu*ils étaient en ik^k , un camp de Tartares , assis sur une terre européenne. La guerre entre nous est naturelle, et la paix Torcée. Dès que le chrétien et le musulman viennent à se toucher, l'un des deux doit servir ou périr.
Entre ces ennemis il n*esl point de traité.
Heureusement la tiare nous a sauvés du croissant. Elle n'a cessé de lui résister, de le combattre , de lui chercher des ennemis, de les réunir, de les animer, de les soudoyer et de les diriger. Si nous sommes libres > savants et chrétiens , c'est à elle que nous le devons.
Parmi les moyens employés par les Papes pour re* pousser le mahométisme, il faut distinguer celui de donner les terres usurpées par les Sarrasins au premier qui pourrait les en chasser. £b ! que pouvait-on faire de mieux dès que le mattre ne se montrait pas? Y avait-il un meilleur moyen de légitimer la naissance d'une souveraineté? Et croit^n que cette institution ne valût pas un peu mieux que la volonté du peuple 9 c'est-à-dire d'une poignée de factieux dominés par un seul? Mais lorsqu'il s'agit de terres données par les Papes , nos raisonnements modernes ne manquent jamais de transporter tout le droit public de l'Europe moderne au milieu des déserts, de l'anarchie, des invasions et des souverainetés flottantes du moyenâge; ce qui nécessairement ne peut produire que d'étranges paralogismes.
556 DU PAPB.
Qu*on lise rhistoire avec des yeux purs, et Ton verra que les Papes ont fait tout ce qu'ils ont pu dans ces temps malheureux. On verra surtout qu'ils se sont surpassés dans la guerre qu41s ont faite au mahométisme.
« Déjà dans le neuvième siècle, lorsque l'armée a formidable des Sarrasins semblait devoir détruire a ritalie et faire une bourgade mahométane de la c< capitale du christianisme , le pape Léon IV , pre- « nant dans ce danger une autorité que les généraux c( deTempereurLothaire semblaient abandonner, se (( montra digne , en défendant Rome , d'y comman- (c der en souverain. 11 fortifia Rome, il arma les mic( lices; il visita lui-même tous les postes... Il était « né Romain. Le courage des premiers âges de la ré- « publique revivait en lui dans un âge de lâcheté et a de corruption : tel qu'un beau monument de l'an- (( cienne Rome qu'on trouve quelquefois dans les « ruinesde la nouvelle (1). »
Mais à la fin, toute résistance eût été vaine, et l'ascendant de l'islamisme l'eût infailliblement emporté, si nous n'avions été de nouveau sauvés par les Papes et par les croisades dont ils furent les auteurs, les promoteurs et les directeurs , hélas ! autant que le permirent l'ignorance et les passions des hommes. Les Papes découvrirent , avec des yeux d'Annibal , que pour repousser ou briser sans retour une puissance formidale et extra vasée , il ne sufQt pas du tout de se défendre chez soi , mais qu'il faut l'attaquer chez elle. Les Croisés, lancés par eux sur l'Asie, donnèrent bien aux soudans d'autres idées que celle d'envahir ou seulement d'insulter l'Europe.
'V, Voltaire, Essai sur les mœurs, etc., tom. II, chap XXVIII.