LIVRE IT, CHAPITRE
avancée en Russie. Nos langues atteindront ces nations qui nous vantent leur foi reliée en parchemin, et dans un clin d'œil nous les verrons boire à longs traits toutes les erreurs de TEurope. — Mais alors nous en serons dégoûtés, ce qui rendra probablement leur délire plus court.
Lorsque Ton considère les épreuves qu*a subies rÉglise romaine par les attaques de Thérésie et par le mélange des nations barbares qui s*est opéré dans son sein, on demeure frappé d'admiration en voyant qu'au milieu de ces épouvantables révolutions , tous ses titres sont intacts et remontent aux Apôtres. Si elle a changé certaines choses dans les formes extérieures, c'est une preuve qu'elle vit; car tout ce qui vit dans l'univers change, suivant les circonstances, en tout ce qui ne tient point aux essences. Dieu qui se les est réservées, a livré les formes au temps pour en disposer suivant de certaines règles. Cette variation dont je parle est même le ^gne indispensable de la vie, l'immobilité absolue n'appartenant qu'à la mort.
Soumettez un de ces peuples séparés à une révolution semblable à celle qui a désolé la France durant ving^cinqans ; supposez qu'unpouvoirtyranniques'acharne sur l'Église, égorge, dépouille, disperse les prêtres; qu'il tolère surtout et favorise tous les cultes, excepté le culte national; celui-ci disparaîtra comme une fumée.
La France, après l'horrible révolution qu'elle a soufferte, est demeurée catholique ; c'est-à-dire que tout ce qui n'est pas demeuré catholique n'est rien. Telle est la force de la vérité soumise à une épreuve terrible. L'homme ^ sans doute, a pu en être altéré ; mais
la doctrine nullement, parce qu'elle est inaltérable de sa nature.
Le contraire arrive à toutes les religions fausses. Dès que rignorance cesse de maintenir leurs formes , et qu'elles sont attaquées par les doctrines philosophiques, elles entrent dans un état de véritable dissolution et marchent vers Tanéantissement absolu par un mouvement sensiblement accéléré.
Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d'innombrables sectes de reptiles fangeux, les religions nationales qui se putréfient produisent de même une foule d'insectes religieux qui traînent sur le même sol les restes d'une vie divisée, imparfaite et dégoûtante.
C'est ce qu'on peut observer de tous côtés ; et c'est par là que l'Angleterre et la Russie surtout peuvent s'expliquer à elles-mêmes le nombre et l'inépuisable fécondité des sectes qui pullulent dans leur vaste sein. Elles naissent de la putréfaction d'un grand corps : c'est l'ordre de la nature.
L'Eglise russe, en particulier, porte dans sonseiD plus d'ennemis que toute autre ; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascolnisme (1) , qu'on pour-
(1) On pourrait écrire un mémoire intéressant sur ces ra$eolnie^. Renfermé dans les bornes étroites d'une note, je n'en dirai que ce qui est absolument indispensable pour me faire entendre.
Le mot de rascolnic, dans la langue russe , signifie , au pied de la lettre , tehitmalique. La scission désignée par cette expression générique a pris naissance dans une ancienne traduction de la Bible, à laquelle les raseolnici tiennent infiniment, et qui contient des textes altérés , suivant eux , dans la version dont l'Église russe fait usage. C'est sur ce fondement qu'ils se nomment eux-mêmes (et qui pourrait les en empêcher?) homtnei de l*aniique foi, ou vietix cro\taiUi (staroversi). Partout où le peuple, possédant pour son malheur TÉcriturc- Saintc en langue vulgaire, s'avise de la lire et de rinlerpréter, aucune